Le blog des livres : Cottage Treasure

Mes rêves - Xavier Deneux

Mes rêves est un petit album de 16cm par 16cm tout en carton bien solide, aux angles ronds, tout à fait adapté aux petites mains des bébés qui pourront le tourner, retourner, mordiller, aplatir, aplanir, à loisir. Car c'est bien la première chose que ce livre donne envie de faire : être manipulé ! Les 7 pages en carton bien épaissent, se tournent facilement, les petits doigts glissent aisément entre elles pour y découvrir... divers reliefs, creux, bosses, surfaces lisses,  aspects rugueux.... 
Puis, en ouvrant au hasard une double page, ce sont les contrastes de couleurs qui attirent les petits yeux, noir/blanc, mais aussi rouge/blanc, l'argenté/noir, rouge/noir, l'argenté/blanc, et aussi quelques petites touches de vert par-ci par-là pour relever le contraste. Les bébés adorent !
Mais qu'est-ce que cet objet-livre nous raconte ? Et oui, comment ce livre aborde-t-il le thème annoncé : les rêves ?? D'un premier abord, 8 double-pages mettent en scènes les rêves d'un petit garçon et d'une petite fille. A quoi rêvent les enfants une fois leurs petites paupières closes ??? Je vous en fait un petit aperçu :

* ils volent debout sur un oiseau
* ils deviennent chevaliers ou princesse
* ils font du toboggan sur la trompe d'un éléphant
* ils se balancent dans un coquelicot géant
* ils vont dans les étoiles sur un tapis volant
* ils jouent sur le dos d'un dinosaure
* ils parlent aux baleines
* ou encore se sentent bien au chaud au creux de leur ours-doudou géant !!

Voilà ce que nous découvrons de jour en regardant ces magnifiques dessins minimalistes et remplis de poésie.




Mais à la nuit tombée... l'onirisme est à son comble ! Les pages de ce petit livre nous dévoilent alors leurs trésors... Des façades de maisons vues du ciel s'éclairent, les fenêtres du château s'illuminent, une baguette magique répand une traînée de poudre étincelante derrière elle, des coquelicots, oiseaux et papillons se mettent à flotter dans le champ, une ribambelle de moutons traversent des collines, les écaillent du dino luisent, la baleine se voit entourée d'une nuée de petits poissons, l'ours-doudou se retrouve dans une forêt de sapins !
Et là c'est juste waouh quelle petite merveille de découvrir ce petit peuple phosphorescent !
Sans compter que les surfaces phosphorescentes se reflètent dans les surfaces argentées qui se font alors miroir pour un peu plus de magie !

    En bref, vous l'avez compris ce livre est un petit trésor qui emmène adultes et enfants au pays des songes à travers un voyage plein de magie et de poésie ! 10/10


A voir/à lire :
Je vous invite de toute urgence à aller visiter le site des Editions Tourbillon pour découvrir d'autres petits trésors de  ce genre.


Auteur: Xavier Deneux
Editions Tourbillon
Paru en mai 2011
16 pages

Légendes de la Garde, Hiver 1152 - David Petersen

La suite des aventures de nos courageuses souris est une véritable réussite : un cadre de plus en plus développé et des personnages ayant de plus en plus d'envergure !

L'histoire de ce second tome : L'hiver s'est installé sur les territoires des souris, la ville de Lockhaven se retrouve démunie, sans nourriture ni médicaments. Gwendolyn envoie une petite équipe constituée des plus grands aventuriers de la Garde pour ravitailler la ville.
Celanawe, Lieam, Kenzie, Saxon et Sadie partent affronter le grand froid et braver les prédateurs : face à la rudesse de l'hiver notre petite équipe fait preuve d'un courage sans borne.

Bientôt divisé en deux groupes, suite à une malheureuse chute dans l'entrée d'un terrier, les personnalités vont se révéler. Ainsi, d'un côté, nous suivrons Kenzie, Saxon et Sadie, perdus dans un terrier a priori abandonné par les furets et tentant de sortir de ce labyrinthe pour rejoindre Lokhaven par les sous-sols. Et, de l'autre côté, Celanawe, le doyen des souris, se retrouvera en duo avec Lieam, le plus jeune des souris. Ce dernier  trouvera en Celanawe, le héros légendaire, un mentor qui marquera son esprit à jamais, notamment par ce simple mais sage conseil :
 "Cherche toujours à être toi-même, la souris que tu es déjà...  Suffis-toi à toi-même... Tu seras toujours à la hauteur. Même tout seul."
Tandis que l'hiver met en exergue l'héroïsme de la Garde, confrontée à de redoutables dangers, un drame se trame à Lokhaven : un traître mine la ville de l'intérieur et saccage le plan de sauvetage de tout le peuple...
Gwendolyn, met tout en oeuvre pour retrouver et arrêter le traître mais le temps passe et l'énergie passée à se défendre de l'intérieur fait défaut aux intérêts à défendre à l'extérieur...

Mon avis : Une très belle réussite ! Les jalons posés au premier tome sont développés dans ce second tome avec brio, à travers une histoire complètement neuve. Les personnages brillent plus que jamais par leur courage et leur héroïsme, le choix des perspectives est en parfaite adéquation avec la narration, par ailleurs, l'alternance des différentes ambiances (intérieur/extérieur; chaud/froid; calme/bataille...) est menée avec une parfaite maîtrise. Le lecteur vit ces aventures avec une véritable implication, les personnages prennent vie, les légendes se forment. D'autre part, les couleurs sont, une fois encore, magnifiques, tout en tons bleu-gris-blanc, mettant en valeur la saison de l'hiver (tout comme l'auteur nous avait fait ressentir l'automne dans le tome 1).
Les événement s'enchaînent suivant une chronologie sans faille, sans aucune précipitation mais avec une intensité telle que le lecteur est embarqué dans ce merveilleux périple.
C'est un album que j'ai eu envie de relire à peine une fois terminé tant le récit est bien construit, tant les dessins sont beaux, les personnages et l'univers attachants !


A noter dans ce tome-ci : nous découvrons une monture pour les souris bien étonnante, la naissance d'une histoire d'amour, des chefs de ville vêtus de manière très pittoresque, deux chansons bien émouvantes et une révélation à couper le souffle...

En bonus dans ce tome : la carte des territoires avec le parcours de chaque équipe envoyée chercher du ravitaillement (3 parcours avec trois couleurs différentes), mais aussi, la description du village de Sprucetuck, établi dans le tronc vide d'un vieil épicéa, ainsi que le plan des terribles terriers de furets, Darkheather, et enfin, la description de métiers supplémentaires tels que Forgeron, Constructeur de bateaux, Guetteurs d'orages et Guérisseur, suivie d'une petite surprise que je ne détaille pas...

    En bref, un petit bijou à découvrir et à faire découvrir !  Espérons que nous n'aurons pas à attendre encore 3 ans avant la sortie du troisième tome... 10/10

A ECOUTER : la chanson fredonnée par Kenzie, "La ballade de la demoiselle ivoire", dans le Chapitre IV et qui correspond à l'épisode où Lieam, coincé dans la sépulture des victimes des furets, cherche à trouver une sortie. Magnifique ! Vous trouverez donc la traduction des paroles dans l'album (pages 93 à 99).

A voir/à lire :
Le site de David Petersen, avec une rubrique consacrée aux Légendes de la Garde "Mouse Guard" (4 tomes sortis aux Etats-Unis) : la liste des personnages et leur présentation, plein de petites choses à télécharger, une petite boutique ...
Le blog de David Petersen, avec diverses illustrations et toujours un lien direct vers le site officiel des Légendes de la Garde.


Auteur : David Peterson
Traducteur : Corinne Daniellot
Editions Gallimard
Paru en janvier 2011 (France)
161 pages

Légendes de la Garde, Automne 1152 - David Petersen

Un vrai récit épique et une magnifique BD aux allures enfantines...

C'est tout un univers que met en place David Peterson à travers le récit de ces Légendes de la Garde : une époque que nous situerions au Moyen Age, une cartographie très détaillée d'une région protégée avec ses villes fortifiées, une vie villageoise précisément dépeinte avec différents corps de métier de l'artisanat, et bien sûr, des faits héroïques dignes de preux chevaliers, baptisés ici la Garde.

Mise en contexte de ces "Légendes" ou "faits de bravoure" : L'auteur a imaginé un peuple de souris ayant une civilisation bien à elles. Ces souris vivent cachées et en autarcie car le monde environnant leur est hostile et peuplé de prédateurs... Pour se protéger, une  confrérie vieille comme le monde les guide et les défend : c'est la Garde. Ainsi, les trois personnages principaux de la Garde apparaissent sous les traits de Lieam, Kenzie et Saxon (voir couverture); leur rôle est de lutter pour faire subsister leur peuple.


Après avoir remporté les guerres d'Hiver et renversé le tyran Furet, la paix demeurait chez le peuple souris, depuis 3 ans. Cependant, nos trois confrères, envoyés sur une mission ayant pour but de retrouver un marchand disparu, découvrent qu'un traître a divulgué des informations sur leur organisation : ceux-ci mettent alors à jour un complot visant à renverser Gwendolyn, le chef de la Garde...
Désormais, la vigilance est de mise car le traître est un membre de la Garde : à leur grand désespoir, ce n'est plus contre un élément extérieur que la confrérie devra lutta, mais pour la première fois, ils  devront se défendre contre des ennemis appartenant à leur propre espèce...

Outre l'histoire captivante de ce peuple souris, c'est avant tout un objet-livre magnifique que nous tenons entre nos mains avec ces "Légendes de la Garde". Tout d'abord, le format carré est très agréable et offre un espace de travail original avec des planches divisées en 4 cases ou encore des pages entières utilisées pour 1 dessin. L'auteur utilise aussi souvent soit trois bandes horizontales par planches, soit trois bandes verticales, menant ainsi un récit agréable à suivre en faisant alterner aussi des personnages en gros plan avec des scènes plus éloignées.

Les dessins, quant-à eux, sont très doux, voire enfantins; ces souris nous apparaissent toutes mignonnes et duveteuses. Toutefois, cet album contient des scènes de combat assez violentes qui donnent toute la dimension épique à cette oeuvre, et en fait une histoire moins naïve qu'elle n'y paraît. Notons que dans ce tome-ci prédominent les couleurs automnales du jaune, de l'orange et du marron, en accord avec la saison mise en scène, "Automne 1152". Ainsi, tout est prétexte à l'explosion de ces couleurs : les feuilles des arbres, des crabes belliqueux s'attaquant à l'habitation d'un membre de la Garde sur le bord de la mer, l'incendie d'une autre habitation, le ciel rougeoyant et pluvieux sous lequel avance la milice armée venue attaquer Barstone etc...

Ensuite, l'album présente d'autres particularités qui en font une oeuvre d'originalité. Tout d'abord, les doubles pages d'ouverture et de fermeture représentent une carte des Territoires du peuple souris. Ainsi, d'entrée, le lecteur est plongé en plein coeur de l'Histoire et de la Géographie de ce petit peuple puisqu'on nous indique en titre de la carte : "Carte des Territoires 1150. Cités, villes, villages et sentiers balisés au terme des guerres d'hiver. Etabli par la Garde en 1149, réalisé par le cartographe Clarke. Les noms rayés figurent les villes détruites par les combats". Ensuite, nous trouvons en annexes, de la documentation concernant la ville où se déroule l'action principale de ce tome, Blarkstone, avec un dessin détaillé de cette ville et de ses principaux lieux, et, dans les pages suivantes, nous pouvons lire la description de quelques métiers exercés dans cette ville (maçon, charpentier, potier, meunier, boulanger...).

Concernant la mise en scène de l'histoire à l'intérieur même du livre, nous pouvons remarquer que chaque chapitre débute par une page de récit mettant en contexte les événements qui vont suivre et se terminant toujours par quelques vers qu'on nous dit extraits de textes ou de discours fondateurs de la Garde :



La mort est une arme puissante
Comme elle est une fuite facile
Les héros deviennent des légendes
Les légendes deviennent les mythes
Les mythes créent de nouveaux héros
(Dernières paroles connues de la Hache Noire, héros légendaire de la Garde)


NB : Cet album se compose de 6 chapitres qui, dans la version américaine représentaient chacun un petit album.

Par ailleurs, j'ai beaucoup apprécié, à l'intérieur même de l'histoire, la petite parenthèse racontant la légende de la Hache sous forme d'un petit cahier enluminé, tout en teintes jaune-orangé et présenté tel une vieille légende moyenâgeuse.

  
    En bref, un petit chef d'oeuvre qui met en scène un monde parfaitement bien construit, des personnages au minois adorable qui s'inscrivent dans une veine épique digne des légendes de chevalerie. 10/10


Le tome 2 vient enfin de paraître après 3 ans d'attente !!! Il s'intitule "Hiver 1152". Mon billet suivant lui sera consacré.

Bonus : une petite chanson pour vous plonger dans l'atmosphère des Légendes de la Garde !

A voir/à lire :
 Le site de David Petersen, avec une rubrique consacrée aux Légendes de la Garde "Mouse Guard" (4 tomes sortis aux Etats-Unis) : la liste des personnages et leur présentation, plein de petites choses à télécharger, une petite boutique ...
Le blog de David Petersen, avec diverses illustrations et toujours un lien direct vers le site officiel des Légendes de la Garde.




Auteur : David Peterson
Traducteur : Marion Roman
Editions Gallimard
Paru en janvier 2008 (France)
154 pages

Survivants (Anomalies quantiques), Episode 1 - Leo

Avis à tous les fans des Mondes d'Aldébaran, cet album ne vous décevra pas !

Beaucoup de questions autour de ce nouvel opus de Leo, et, il est vrai qu'il y a de quoi perdre la tête face à la créativité sans bornes de notre célèbre auteur de science-fiction !
En effet, entre les différentes séries commencées il y a de quoi perdre le fil : Les Mondes d'Aldébaran (Aldébaran, Bételgeuse, Antarès), Kenya, Namibia, Terres lointaines...
Beaucoup de lecteurs se demandent alors comment situer cette nouvelle BD, "Survivants, Episode 1" ...

Quelques éclaircissements : une chose est sûre,  "Survivants (Anomalies quantiques)" appartient bien à la série "Les Mondes d'Aldébaran". Il s'agit en fait du 4e cycle de la série après Aldébaran, Bételgeuse et Antarès. Vous me direz alors, "mais quelle idée de commencer un nouveau cycle alors que le cycle précédent, "Antarès", n'est pas terminé (3 albums sortis sur 5) !" C'est là que doit se mettre en marche notre imagination !! Pour ma part, j'ai ma petite idée...
Officiellement, d'après une interview de Leo que j'ai pu lire, ce cycle serait un prélude à Aldébaran, c'est à dire, une histoire censée expliquer le commencement des Mondes d'Aldébaran ...

Tenons-en nous à notre album : Jusqu'à la fin, il n'y a pas de points d'interactions avec les cycles précédents, comme s'il s'agissait d'une histoire parallèle aux aventures de Kim sur Aldébaran, Bételgeuse et Antarès; à aucun moment les autres personnages des tomes précédents ne sont cités.

L'histoire : Un vaisseau interstellaire, voyageant de la Terre vers la planète Aldébaran en cours de colonisation, s'est désintégré en route. En cause, un dysfonctionnement lié à des "anomalies quantiques" dans l'espace. Cette catastrophe a fait plus de 2500 morts mais une petite navette a réussi à en réchapper avec à son bord 12 passagers qui, après plus de 6 mois d'hibernation, se réveillent et découvrent le drame ! Eux ont eu la chance d'être déviés vers une planète encore inexplorée, la planète GJ1347-4, et ils sont sains et saufs !
L'épisode commence à leur réveil; les passagers découvrent que leur navette a échoué au milieu d'une jungle inquiétante, il leur faut s'organiser pour survivre, et avant tout, leur première préoccupation est de trouver de la nourriture. C'est au cours de plusieurs excursions pour tenter de ramener la nourriture qu'ils découvrent le monde qui les entoure : une jungle habitée par des créatures effrayantes mais aussi par d'hostiles indigènes...

L'accent est mis sur la découverte de cette nouvelle planète bien entendu, mais aussi sur les relations entre les différents personnages. Peu à peu le lecteur apprend à connaître leur caractère, leurs liens, leurs intentions. Cette analyse des personnages et l'accent mis sur leurs relations est typique de l'oeuvre de Leo et peu commun dans le genre de la science-fiction, ce qui fait d'ailleurs toute l'originalité et tout le succès de cette série !
Bien sûr au programme, la légendaire histoire d'amour naissant dans des conditions extrêmes, des héros au charme ravageur, tout comme la présence de personnages tapageurs, mais aussi un monde aux paysages, à la flore et la faune toujours aussi captivants !
Le lecteur aura la surprise de découvrir Manon, l'héroïne équivalent à Kim pour les cycles précédents, ainsi que deux formes de vies extraterrestres inédites !

Ce qui m'a plu : J'avoue qu'à la sortie de ce tome, j'étais plutôt frustrée car j'attendais avec la plus grande impatience la publication du 4e tome d'Antarès depuis 1an, et m'embarquer dans une série parallèle alors que je brûlais d'impatience de connaître la suite des aventures de Kim ne m'emballais pas vraiment ! J'appréhendais de m'adapter à de nouveaux personnages, une nouvelles héroïne que je voyais d'emblée comme une pâle copie du personnage de Kim, de plus, j'imaginais une narration dépourvue d'intérêt comparée aux cycles précédents. Cependant, je n'ai pas été déçue du tout ! Dès la première page, j'ai été absorbée par l'histoire, captivée par ces nouveaux personnages qui ont toujours la même épaisseur d'un cycle à l'autre. La mise en scène du crash de l'aéronef sur la première double page au début de l'album, sous forme d'article de journal, m'a tout de suite mis dans l'ambiance, titillant d'ores et déjà mon imagination.
La stratégie narrative de Leo par la publication intercalée de cette BD, au milieu du cycle d'"Antarès", m'apparaît riche de sens. Et là où l'auteur brouille les pistes, c'est qu'il ne laisse rien paraître au fil de cet épisode, aucune question ne trouve ses réponses dans cet album mais beaucoup de portes restent ouvertes... Affaire à suivre ! 8/10

Bonne lecture à tous !

Petite proposition : à tous ceux qui souhaiterais exposer leur avis sur la poursuite de cette série et son lien avec les cycles précédents, laissez vos commentaires, vos suggestions, vos divagations, je me ferai un plaisir de découvrir vos théories et de vous faire partager les miennes...

A voir/à lire :
Le site officiel des mondes d'Aldébaran, avec la liste des albums par cycle, les personnages, le bestiaire, des cartes des mondes interactives, l'histoire de la mantrisse et quelques illustrations de celle-ci.
L'article Wikipédia détaillant la série complète, albums, histoires etc...




9/10 (Type : BD française) 



Auteurs: Leo
Editions Dargaud
Paru en janvier 2011
48 pages

Le Phare de l'enfant algue - Hugues Mahoas

Un récit original et touchant sur la force du lien qui unit un homme à la mer ...

Le phare des Roches Noires abrite un gardien et son chien. Ensemble, ils rendent bien des services aux marins égarés en pleine nuit et ont évité bien des naufrages en signalant la présence des roches noires.
Ainsi, ce gardien et son chien coulent des jours heureux au milieu de l'océan... Jusqu'au jour où une petite barque avec à son bord trois drôles de silhouettes vient annoncer au gardien qu'il doit rendre son tablier, désormais le phare sera automatisé !
Le gardien dépité, ne parvient pas à se résoudre à quitter son phare. Cette nuit-là, il reçoit la visite d'un étrange visiteur qui lui propose une perspective bien plus attrayante !
Un enfant-algue, c'est-à-dire une petite branche d'algue qui vit et qui parle, est parvenu à entrer dans le phare; une fois remis de son terrible périple qui lui a permis d'arriver jusqu'au phare tout desséché, il propose au gardien de venir le rejoindre, lui et ses semblables, au fond de l'océan. Celui-ci lui décrit un monde abyssal foisonnant, joyeux et accueillant.
Le gardien, séduit, accepte de suivre la petite algue après avoir fait ses adieux à son cher phare. Le gardien, le chien, et l'algue prennent donc la mer et dès qu'ils en reçoivent le signal, plongent dans les profondeurs, accrochés à une ancre...
Alors se dévoile une vie sous-marine inattendue  d'algues, de naufragés menant une vie tranquille et organisée, un lieu où notre gardien fera par ailleurs la rencontre d'une bien belle algue ....

En arrivant au fond de l'océan, le gardien manqua d'écraser avec son ancre une algue de toute beauté.

Un petit album qui fleure bon l'air marin ! Des couleurs superbes qui évoquent tout une symbolique marine : des dégradés de bleus superbes ainsi que des gris contrastant avec une couleur rouge très présente crées une atmosphère très prenante.
Au fil des pages, le lecteur a véritablement la sensation qu'une petite brise iodée vient lui chatouiller les narines...
On se laisse volontiers entraîner à la suite du gardien dans les profondeurs abyssales et pouvons aisément nous imaginer vivre parmi ce peuple algue.
Un conte contemporain d'une grande justesse sur l'attraction qu'opère la mer sur certains hommes. Un album aux couleurs chatoyantes, dans lequel on aime plonger et replonger ! Plouf !

Cet album a reçu le prix du "conte contemporain" au Salon International du Livre Insulaire de l'île de Ouessant en 2009.


Personnellement, je connaissais le travail d'Hugues Mahoas par son second album, Le lion bleu, paru en mars 2010, une véritable révélation pour moi ! Voir mon Post sur le lion bleu.
En m'intéressant plus à l'univers de cet auteur, j'ai donc découvert ce premier album, qui ne m'a pas déçue du tout !
Un auteur à découvrir absolument !

A voir/à lire :
Le blog de l'auteur : Mahoas arts, sur lequel on apprend qu'une suite du Phare de l'enfant-algue est en cours, planche à l'appui ...
Une interview de l'auteur lors d'une séance de dédicace dans le Mobihan : Ouest-France
Mon post sur Le Lion bleu


Auteur: Hugues Mahoas
Editions Beluga
Paru en juillet 2008
42 pages

Le Collectionneur d'instants - Quint Buchholz

Cet album grand format est avant tout la mise en scène d'une galerie de tableaux, un écrin qui abrite et sublime l'art de Quint Buchholz (célèbre illustrateur allemand de livres pour la jeunesse).
En effet, dans ce livre, ce n'est pas l'image qui sert d'illustration au récit mais le récit qui, relégué au second rôle, vient illustrer les tableaux... Ce livre ne nous expose pas une histoire comme les autres, il donne avant tout à réfléchir sur la création artistique et sensibilise à l'art.


La trame : Max est un artiste-peintre qui vient s'installer dans l'immeuble où habite un jeune garçon, le narrateur. Lorsque Max entend son jeune voisin jouer du violon, il le prie de venir jouer pour lui chaque soir tandis qu'il peint. Un pacte artistique se noue alors entre les deux personnages : le peintre inspiré par le violon, le musicien fasciné par le peintre, sans que jamais Max n'autorise son jeune ami à regarder ses tableaux. Un jour, Max part en voyage et laisse les clefs de son atelier à l'enfant, celui-ci est alors loin de se douter que le peintre lui a préparé une véritable exposition de ses tableaux...


Après un petit récit de 5 pages, suit la galerie de tableaux qui s'exposent sur environs 11 double-pages.
Chaque tableau est accompagné d'une phrase censée expliquer le tableau mais qui, la plupart du temps, lui ajoute un plus grand mystère. Ainsi nous découvrons, en même temps que le jeune ami du peintre, des instants fugaces : les éléphants de neige au Canada, une roulotte de cirque planant au coucher du soleil au-dessus d'un pont, un énormes paquet cadeau posé dans le jardin d'une maison parmi les vaches, une grande flûte traversière survolant la ville transportée par deux mongolfières, des pingouins admirant l'oeuvre d'un peintre en bâtiment dans la rue, ou encore, un roi une fillette et un lion dans une barque se dirigeant vers l'océan, mais aussi, un phare suspendu dans la brume avec des musiciens et un cheval tenté par le funambulisme...
L'art de Quint Buchholz réside dans le fait de saisir des instants; Max, son personnage se définit lui-même comme un "collectionneur d'instants", ainsi, des instants fugaces restent suspendu dans le temps grâce à la peinture. Des tableaux, émanent calme, magie, étrangeté et musique.
Tout était peint avec précision et me semblait étrangement familier… Pourtant, sur chacun des tableaux se produisait quelque chose d’inhabituel, d’inconnu, qui me troublait et en même temps me fascinait, m’attirait. 



En effet, dans presque chacun des tableaux, un élément fait explicitement référence à la musique (flûte, grelot, saxophone, clavier de piano, accordéon, bruit des vagues...), chaque tableau semble renfermer une musique perceptible par le spectateur qui tend l'oreille...
Ci-contre, phrase explicative pour ce tableau : "Ils volaient en direction de la côte. Un son grave, rauque, traversa la nuit."






Cette étrangeté qui nous surprend dans les tableaux, associée au calme qui s'en dégage et à une technique quasi-photographique rapprochent les oeuvres de Quint Buchholz de l'art surréaliste. Ainsi, en contemplant ces peintures on pense aisément à Magritt ou Dali, ou bien aussi, au peintre réaliste américain Edward Hopper.


"Sur une colline, à proximité, se dressait un château percé de fenêtre blanches."
Ainsi, ce tableau nous laisse imaginer le début d'un conte dont on ne percera jamais le mystère...

    En bref, une promenade artistique intense. C'est magnifique ! 10/10

A voir: le site de l'auteur, Quint Buchholz, en allemand mais visitez la "galerie" pour vous en mettre plein les yeux!
A lire: le billet de lael totalement fascinée !




Auteurs: Quint Buchholz
Adapté en français par Bernard Friot
Editions Milan jeunesse
Paru fin 2005 (France)
40 pages

Leçon de vol - Sebastian Meschenmoser

Un petit album carré qui, sous la forme d'un carnet à dessins, nous relate une histoire poétique, drôle et touchante !

Dans la rue, le narrateur rencontre un pingouin... Celui-ci lui explique qu'il a malencontreusement atterri là alors qu'il était en train de voler avec un groupe d'oiseaux. En plein vol, il se fit la réflexion suivante : mais au fait... un pingouin ne vole pas..., et il chuta. Le narrateur décide de croire le pingouin, il le prend sous sa coupe et  l'entraîne à voler. Ils font ainsi d'innombrables tentatives, la plupart totalement absurdes (mais très drôles), sans succès... Jusqu'au jour où...


Les dessins, sont superbes ! A la manière d'un carnet de croquis (à l'exquis papier granuleux), l'auteur nous fait suivre l'histoire de ce duo improbable. Dans cette histoire, nous retrouvons la poésie du Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry,  ainsi que la tendresse de l'Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepulveda. De plus, ce récit ne manque pas d'humour. Tout est réunit pour nous offrir un magnifique album à feuilleter, voir et revoir, lire et relire !


Le message que transmet ce livre est poétique, philosophique, métaphysique et BEAU : lorsque l'on croit fermement à une chose rien ne peut y faire obstacle, tandis que le doute coupe court à toute ambition. Croire au plus profond de soi en ce que l'on considère être le vrai permet d'y accéder le plus naturellement du monde... (les dernières pages du livre sont tout simplement époustouflantes !)


    En bref, un petit trésor à découvrir de toute urgence ! 10/10






Auteur: Sebastian Meschenmoser
Traduction de Bruno Masson (allemand/français)
Editions Petite Plume de carotte
Paru en avril 2010
48 pages

Le Lion bleu - Hugues Mahoas

Le lion bleu - Hugues Mahoas
Une magnifique découverte !

Insolite, beau, inquiétant sont les trois mots qui définissent au mieux l'atmosphère de cet album.

Une belle histoire de courage et d'amitié:
Lorsqu'un cirque marin débarque dans un petit port, les enfants découvrent la nouvelle attraction de l'année: un lion bleu. Il crée l'événement, mais une petite fille le trouve si triste qu'elle se prend de pitié pour lui et décide de le libérer. Elle s'est résolue à le ramener en Afrique à bord de son Kayak...

Les dessins sont beaux, intriguants, mystérieux et inquiétants tout à la fois. Ce petit lion dégage une expressivité fabuleuse ! (oui, regardez bien, ce sont des larmes sous ses yeux...).
Les couleurs utilisées donnent toute la profondeur à l'histoire, elles symbolisent la tension entre le malheur de ce lion et l'espoir mais aussi le danger que repésente pour lui la fillette.
Aucune mièvrerie dans cette histoire, le lion est peint avec sa tristesse et ses instincts, la fillette avec sa pitié, sa colère et son courage.
Cette album n'est pas tendre, il est même un peu sombre mais tellement touchant !

La recherche picturale est réfléchie, juste et intelligente. Par exemple, le dessin sait se faire apaisant lors de la fuite de la fillette et du lion sur le kayak.

Mais, la mise en page peut aussi interpeller le lecteur de manière saisissante. Par une disposition de 4 vignettes au milieu d'une page l'auteur illustre l'ensevelissement du lion fragilement posé sur son rocher au milieu de l'océan, à la manière d'un film d'animation: au fil des 4 images, on voit la vague apparaître et le lion disparaître. Ou encore, de manière tout aussi poignante à la page d'après, le décor se vide de ses couleurs pour illustrer la noyade du lion: il ne reste alors qu'une forme bleue se débattant au milieu de courbes en noir et blanc.

Je ne peux m'empêcher de vous faire découvrir l'auteur de ce petit trésor. Il s'agit de Hugues Mahoas, il travaille dans l'animation de dessins-animés sur france5. J'ai découvert que son premier album, Le Phare de l'enfant-algue (aux Editions Beluga, 2008) s'était vu décerné le Prix de l'album du Salon du livre insulaire d'Ouessant.



En bref, un album "catégorie trésor". A ne manquer sous aucun prétexte ! 10/10

A voir/à lire :
Je vous invite de toute urgence à aller visiter le blog de l'auteur (Mahoas arts) pour découvrir son talent et d'autres planches du Lion bleu.
Une interview de l'auteur lors d'une séance de dédicace dans le Morbihan : Ouest-France


Auteur: Hugues Mahoas
Editions Beluga
Paru en mars 2010
50 pages

Le carnet rouge - Agata Kawa

Le carnet rouge - Agata Kawa
Cet album jeunesse est un petit bijou aux couleurs du printemps !

Ce qui m'a tout d'abord attirée dans cet album c'est son format tout en longueur et sa tranche en tissu imprimé qui lui donne un petit aspect précieux. Cette couverture est magnifique: les couleurs et les dessins sont très soignés et le style, un peu vieillot, nous intrigue et nous donne envie d'ouvrir le livre...

Les promesses sont tenues ! Cet album est détonnant de par son originalité. Benjamin Lacombe raconte l'enfance de William Morris, le père fondateur du design moderne qui vécut au XIXe siècle, en Angleterre. Le dessin d'Agata Kawa sublime ce récit en harmonisant le fond et la forme puisqu'elle dessine à la manière des Préraphaélites dont William Morris fut fortement imprégné.

William est envoyé dans un internat pour devenir prêtre, mais ce qui a retenu l'attention du jeune homme dès son arrivée, ce n'est certainement pas la lugubre bâtisse mais le magnifique jardin qu'elle abrite derrière ses murs. Ce jardin sera le lieu où il aimera se ressourcer, ou il aimera se laisser enivrer: une véritable source d'inspiration pour des textes et des dessins qu'il consignera dans son carnet rouge... 

"William est souvent puni. Mais il ne peut s'en empêcher, son esprit a besoin de s'évader, ses mains ont besoin de dessiner."

La taille des pages, très longues, encadre parfaitement les superbes illustrations, lesquelles sont d'ailleurs agrémentées de phrases manuscrites qui s'échappent de part et d'autres du dessin. Cela donne un vrai caché au dessin comme si William Morris y avait lui-même laissé son empreinte...

Ce sont la littérature, le dessin et la peinture qui sont mis à l'honneur par ce livre. Un vrai parfum de printemps se dégage des pages. Les formes s'enroulent harmonieusement, les couleurs nous ravissent et nous traversons le jardin qui inspire tant le jeune garçon.

    En bref, une vraie surprise de printemps pleine d'inventivité et de minutie. Une belle et fascinante découverte ! 8/10

A lire: Pour voir plus d'illustrations du Carnet rouge, le blog d'Agata Kawa  et celui de Benjamin Lacombe

Illustrateur: Agata Kawa
Raconté par Benjamin Lacombe
Editions Seuil Jeunesse
32 pages

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