Le blog des livres : Cottage Treasure

Un hiver à Sokcho - Elisa Shua Dusapin

Un hiver long, très long, dans une ville côtière de la Corée du Sud, à la frontière de la Corée du Nord. Une écriture de la délicatesse d’un flocon de neige, et un style qui n’admet aucune longueur…

Ouvrir ce livre c’est entrer au cœur de l’hiver, c’est aussi être transporté dans un univers à part, se laisser bercer par la magnifique écriture d’Elisa Shua Dusapin.

Présentation des personnages :

*La narratrice : franco-coréenne, après des études de français à l’université de Séoul, elle est retournée dans la ville de Sokcho où vit sa mère, pour travailler dans une petite pension familiale. Elle y fait le ménage, lave le linge des occupants, leur préparent les repas. Elle a un petit ami, Jun-Oh, celui-ci veut devenir mannequin et est obnubilé par son apparence. Dès le début du roman, il part à Séoul tenter sa chance, laissant la narratrice seule à la pension.

*Yan Kerrand : auteur de bandes-dessinées français, vient à Sockcho trouver l’inspiration qui lui permettra de réaliser sa prochaine BD. Il se fait accompagner de la narratrice pour visiter les alentours et notamment passer la frontière nord-coréenne.

*La mère de la narratrice : peu délicate avec sa fille, elle lui reproche souvent de ne pas assez manger. Elle garde une emprise forte sur celle-ci allant jusqu’à acheter une tenue traditionnelle pour une fête à venir, tenue qu’elle recommande à sa fille de garder soigneusement pour s’en resservir à son mariage qu’elle souhaite prochain, avec Jun-Oh.

*Le vieux Park : gérant de la pension où travaille la narratrice, vieux bonhomme un peu rustre mais figure protectrice.

*La jeune cliente fraîchement opérée : elle apparaît très souvent dans le récit. Cette jeune femme est en convalescence à la pension après une opération de chirurgie esthétique du visage. Au fil du temps ses bandages s’amincissent jusqu’à la cicatrisation. Des descriptions peu ragoûtantes.

Ce récit est un roman d'atmosphère, qui nous plonge dans la culture sud-coréenne dans une ambiance de huis-clos plein de charme.

L’écriture d’Elisa Shua Dusapin est une écriture très légère qui aborde pourtant des thèmes forts. La simplicité de l’écriture se met alors au service d’évocations tranchantes et implacables : 

*La boulimie à travers la relation mère-fille : cette thématique se lit entre les lignes à mesure que la narratrice évoque les scènes de repas où elle se trouve aux côtés de sa mère et ne peut faire autre chose que se goinfrer à s’en rendre malade.

*Le régime totalitaire nord coréen : la journée où la narratrice et le dessinateur passent  la frontière et visitent le musée consacré au conflit entre les deux Corées donne lieu à des descriptions où le froid est saisissant, bien plus encore que dans tout le reste du roman. La narratrice évoque à ce moment-là le froid qui l’assaille et l’impossibilité de se réchauffer.

*Le fléau de l’essor de la chirurgie esthétique chez les jeunes sud-coréens : thème omniprésent dans le roman puisque le petit ami de la narratrice est lui-même un adepte de ces opérations, mais aussi par la présence, tel un fantôme, de la jeune convalescente qui donne lieu à des évocations assez affreuses de ses bandages et de ses plaies. 

Ces évocations d’une tonalité grave offrent un pendant aux thèmes poétiques présents dans le roman :

*Le dessin : tout en délicatesse, on suit le mouvement de la main du dessinateur qui trace lentement ses lignes avec de l’encre et un pinceau. On entend le grattement du papier, on en sent le grain, on goûte sa saveur dans notre bouche. On observe l’encre sécher, on la touche et on s’en barbouille.

*Le trait : à la fois fil conducteur et thème principal du roman. Il y a le trait tracé à l’encre par le pinceau du dessinateur bien sûr, mais aussi le trait de la cicatrice laissé par le bistouri sur le visage de la jeune convalescente ou, plus mystérieux, celui de la cicatrice de la cuisse de la narratrice, ou encore le trait comme le lien fragile qui unit la narratrice au dessinateur. Quant-au trait dessiné par la frontière entre les deux Corées, la narratrice le décrit « comme une corde qui s'effile entre deux falaises, on y marche en funambules, sans jamais savoir quand elle brisera, on vit dans un entre-deux ».

*La cuisine coréenne : c’est à travers elle que s’exprime le talent de la narratrice, d’ailleurs elle est très frustrée que le dessinateur ne veuille goûter à aucun de ses plats. La maman de cette dernière est marchande de poissons, c’est aussi une des rares personnes accréditées à préparer le fugu, un poisson qui contient dans ses organes un poison mortel. La nourriture est omniprésente au cours du récit, principalement les mets à base de poisson. Une des scènes les plus délicieuses du roman est la discussion entre la narratrice et le dessinateur dans un café autour d’un bol de calamars séchés trempés dans un verre de lait.

*La quête identitaire : ce thème se retrouve chez la narratrice à travers son désir d’aller un jour en France sur les traces d’un père français qu’elle n’a jamais connu, mais aussi à travers son questionnement concernant ses choix de vie, tiraillée entre l’idée de vivre à l’occidentale à Séoul comme la majorité des jeunes de son âge, ou demeurer près de sa mère dans la ville de Sokcho où il ne se passe rien. Du côté de Kerrand, il s’agit d’une quête identitaire à travers la recherche d’inspiration. Vers quoi orienter son histoire, à quel moment savoir qu’elle est achevée, que l’on a atteint le point de satisfaction ultime ? Telles sont les questions qu’il se pose. Kerrand est en proie à une quête d’identité autant que d’inspiration, on les retrouve dans la recherche de pureté du personnage qu’il met en scène et d’une femme qu’il ne dessine jamais assez parfaite…

Ce que j’ai aimé dans ce roman ce sont les contrastes. Contraste entre la longueur de l’hiver et la brièveté des phrases mais aussi contraste entre pureté et violence.

La mise en parallèle de deux extraits du récit concernant la mer illustre ces contrastes. Il s’agit de deux évocations de la mer, tantôt hostile, tantôt poétique :

"- L’été dernier, une touriste de Séoul s’est fait abattre par un soldat nord-coréen. En nageant, elle ne s’était pas rendu compte qu’elle avait franchi la frontière."
Je marchais jusqu’à la pagode au bout de la jetée, dans les relents du large qui faisait la peau grasse, posaient du sel sur les joues, et sur la langue, un goût de fer, et bientôt les milliers de lanternes se mettaient à briller, alors les pêcheurs libéraient les amarres, et leurs pièges de lumière partaient vers le large, procession lente et fière, la voie lactée de la mer. »

    En bref, un petit roman qui se savoure page après page, (attention, pas trop vite quand même !).Une invitation à la contemplation et une immersion dans une ambiance qui nous colle longtemps à la peau. 10/10


NB: Hiver à Sokcho a reçu cet été, avant sa publication, le prestigieux prix Robert Walser. Une jeune auteure de 24 ans à suivre !

Auteur: Elisa Shua Dusapin
Editions ZOE
Paru en août 2016
144 pages

Mes rêves - Xavier Deneux

Mes rêves est un petit album de 16cm par 16cm tout en carton bien solide, aux angles ronds, tout à fait adapté aux petites mains des bébés qui pourront le tourner, retourner, mordiller, aplatir, aplanir, à loisir. Car c'est bien la première chose que ce livre donne envie de faire : être manipulé ! Les 7 pages en carton bien épaissent, se tournent facilement, les petits doigts glissent aisément entre elles pour y découvrir... divers reliefs, creux, bosses, surfaces lisses,  aspects rugueux.... 
Puis, en ouvrant au hasard une double page, ce sont les contrastes de couleurs qui attirent les petits yeux, noir/blanc, mais aussi rouge/blanc, l'argenté/noir, rouge/noir, l'argenté/blanc, et aussi quelques petites touches de vert par-ci par-là pour relever le contraste. Les bébés adorent !
Mais qu'est-ce que cet objet-livre nous raconte ? Et oui, comment ce livre aborde-t-il le thème annoncé : les rêves ?? D'un premier abord, 8 double-pages mettent en scènes les rêves d'un petit garçon et d'une petite fille. A quoi rêvent les enfants une fois leurs petites paupières closes ??? Je vous en fait un petit aperçu :

* ils volent debout sur un oiseau
* ils deviennent chevaliers ou princesse
* ils font du toboggan sur la trompe d'un éléphant
* ils se balancent dans un coquelicot géant
* ils vont dans les étoiles sur un tapis volant
* ils jouent sur le dos d'un dinosaure
* ils parlent aux baleines
* ou encore se sentent bien au chaud au creux de leur ours-doudou géant !!

Voilà ce que nous découvrons de jour en regardant ces magnifiques dessins minimalistes et remplis de poésie.




Mais à la nuit tombée... l'onirisme est à son comble ! Les pages de ce petit livre nous dévoilent alors leurs trésors... Des façades de maisons vues du ciel s'éclairent, les fenêtres du château s'illuminent, une baguette magique répand une traînée de poudre étincelante derrière elle, des coquelicots, oiseaux et papillons se mettent à flotter dans le champ, une ribambelle de moutons traversent des collines, les écaillent du dino luisent, la baleine se voit entourée d'une nuée de petits poissons, l'ours-doudou se retrouve dans une forêt de sapins !
Et là c'est juste waouh quelle petite merveille de découvrir ce petit peuple phosphorescent !
Sans compter que les surfaces phosphorescentes se reflètent dans les surfaces argentées qui se font alors miroir pour un peu plus de magie !

    En bref, vous l'avez compris ce livre est un petit trésor qui emmène adultes et enfants au pays des songes à travers un voyage plein de magie et de poésie ! 10/10


A voir/à lire :
Je vous invite de toute urgence à aller visiter le site des Editions Tourbillon pour découvrir d'autres petits trésors de  ce genre.


Auteur: Xavier Deneux
Editions Tourbillon
Paru en mai 2011
16 pages

Légendes de la Garde, Hiver 1152 - David Petersen

La suite des aventures de nos courageuses souris est une véritable réussite : un cadre de plus en plus développé et des personnages ayant de plus en plus d'envergure !

L'histoire de ce second tome : L'hiver s'est installé sur les territoires des souris, la ville de Lockhaven se retrouve démunie, sans nourriture ni médicaments. Gwendolyn envoie une petite équipe constituée des plus grands aventuriers de la Garde pour ravitailler la ville.
Celanawe, Lieam, Kenzie, Saxon et Sadie partent affronter le grand froid et braver les prédateurs : face à la rudesse de l'hiver notre petite équipe fait preuve d'un courage sans borne.

Bientôt divisé en deux groupes, suite à une malheureuse chute dans l'entrée d'un terrier, les personnalités vont se révéler. Ainsi, d'un côté, nous suivrons Kenzie, Saxon et Sadie, perdus dans un terrier a priori abandonné par les furets et tentant de sortir de ce labyrinthe pour rejoindre Lokhaven par les sous-sols. Et, de l'autre côté, Celanawe, le doyen des souris, se retrouvera en duo avec Lieam, le plus jeune des souris. Ce dernier  trouvera en Celanawe, le héros légendaire, un mentor qui marquera son esprit à jamais, notamment par ce simple mais sage conseil :
 "Cherche toujours à être toi-même, la souris que tu es déjà...  Suffis-toi à toi-même... Tu seras toujours à la hauteur. Même tout seul."
Tandis que l'hiver met en exergue l'héroïsme de la Garde, confrontée à de redoutables dangers, un drame se trame à Lokhaven : un traître mine la ville de l'intérieur et saccage le plan de sauvetage de tout le peuple...
Gwendolyn, met tout en oeuvre pour retrouver et arrêter le traître mais le temps passe et l'énergie passée à se défendre de l'intérieur fait défaut aux intérêts à défendre à l'extérieur...

Mon avis : Une très belle réussite ! Les jalons posés au premier tome sont développés dans ce second tome avec brio, à travers une histoire complètement neuve. Les personnages brillent plus que jamais par leur courage et leur héroïsme, le choix des perspectives est en parfaite adéquation avec la narration, par ailleurs, l'alternance des différentes ambiances (intérieur/extérieur; chaud/froid; calme/bataille...) est menée avec une parfaite maîtrise. Le lecteur vit ces aventures avec une véritable implication, les personnages prennent vie, les légendes se forment. D'autre part, les couleurs sont, une fois encore, magnifiques, tout en tons bleu-gris-blanc, mettant en valeur la saison de l'hiver (tout comme l'auteur nous avait fait ressentir l'automne dans le tome 1).
Les événement s'enchaînent suivant une chronologie sans faille, sans aucune précipitation mais avec une intensité telle que le lecteur est embarqué dans ce merveilleux périple.
C'est un album que j'ai eu envie de relire à peine une fois terminé tant le récit est bien construit, tant les dessins sont beaux, les personnages et l'univers attachants !


A noter dans ce tome-ci : nous découvrons une monture pour les souris bien étonnante, la naissance d'une histoire d'amour, des chefs de ville vêtus de manière très pittoresque, deux chansons bien émouvantes et une révélation à couper le souffle...

En bonus dans ce tome : la carte des territoires avec le parcours de chaque équipe envoyée chercher du ravitaillement (3 parcours avec trois couleurs différentes), mais aussi, la description du village de Sprucetuck, établi dans le tronc vide d'un vieil épicéa, ainsi que le plan des terribles terriers de furets, Darkheather, et enfin, la description de métiers supplémentaires tels que Forgeron, Constructeur de bateaux, Guetteurs d'orages et Guérisseur, suivie d'une petite surprise que je ne détaille pas...

    En bref, un petit bijou à découvrir et à faire découvrir !  Espérons que nous n'aurons pas à attendre encore 3 ans avant la sortie du troisième tome... 10/10

A ECOUTER : la chanson fredonnée par Kenzie, "La ballade de la demoiselle ivoire", dans le Chapitre IV et qui correspond à l'épisode où Lieam, coincé dans la sépulture des victimes des furets, cherche à trouver une sortie. Magnifique ! Vous trouverez donc la traduction des paroles dans l'album (pages 93 à 99).

A voir/à lire :
Le site de David Petersen, avec une rubrique consacrée aux Légendes de la Garde "Mouse Guard" (4 tomes sortis aux Etats-Unis) : la liste des personnages et leur présentation, plein de petites choses à télécharger, une petite boutique ...
Le blog de David Petersen, avec diverses illustrations et toujours un lien direct vers le site officiel des Légendes de la Garde.


Auteur : David Peterson
Traducteur : Corinne Daniellot
Editions Gallimard
Paru en janvier 2011 (France)
161 pages

Légendes de la Garde, Automne 1152 - David Petersen

Un vrai récit épique et une magnifique BD aux allures enfantines...

C'est tout un univers que met en place David Peterson à travers le récit de ces Légendes de la Garde : une époque que nous situerions au Moyen Age, une cartographie très détaillée d'une région protégée avec ses villes fortifiées, une vie villageoise précisément dépeinte avec différents corps de métier de l'artisanat, et bien sûr, des faits héroïques dignes de preux chevaliers, baptisés ici la Garde.

Mise en contexte de ces "Légendes" ou "faits de bravoure" : L'auteur a imaginé un peuple de souris ayant une civilisation bien à elles. Ces souris vivent cachées et en autarcie car le monde environnant leur est hostile et peuplé de prédateurs... Pour se protéger, une  confrérie vieille comme le monde les guide et les défend : c'est la Garde. Ainsi, les trois personnages principaux de la Garde apparaissent sous les traits de Lieam, Kenzie et Saxon (voir couverture); leur rôle est de lutter pour faire subsister leur peuple.


Après avoir remporté les guerres d'Hiver et renversé le tyran Furet, la paix demeurait chez le peuple souris, depuis 3 ans. Cependant, nos trois confrères, envoyés sur une mission ayant pour but de retrouver un marchand disparu, découvrent qu'un traître a divulgué des informations sur leur organisation : ceux-ci mettent alors à jour un complot visant à renverser Gwendolyn, le chef de la Garde...
Désormais, la vigilance est de mise car le traître est un membre de la Garde : à leur grand désespoir, ce n'est plus contre un élément extérieur que la confrérie devra lutta, mais pour la première fois, ils  devront se défendre contre des ennemis appartenant à leur propre espèce...

Outre l'histoire captivante de ce peuple souris, c'est avant tout un objet-livre magnifique que nous tenons entre nos mains avec ces "Légendes de la Garde". Tout d'abord, le format carré est très agréable et offre un espace de travail original avec des planches divisées en 4 cases ou encore des pages entières utilisées pour 1 dessin. L'auteur utilise aussi souvent soit trois bandes horizontales par planches, soit trois bandes verticales, menant ainsi un récit agréable à suivre en faisant alterner aussi des personnages en gros plan avec des scènes plus éloignées.

Les dessins, quant-à eux, sont très doux, voire enfantins; ces souris nous apparaissent toutes mignonnes et duveteuses. Toutefois, cet album contient des scènes de combat assez violentes qui donnent toute la dimension épique à cette oeuvre, et en fait une histoire moins naïve qu'elle n'y paraît. Notons que dans ce tome-ci prédominent les couleurs automnales du jaune, de l'orange et du marron, en accord avec la saison mise en scène, "Automne 1152". Ainsi, tout est prétexte à l'explosion de ces couleurs : les feuilles des arbres, des crabes belliqueux s'attaquant à l'habitation d'un membre de la Garde sur le bord de la mer, l'incendie d'une autre habitation, le ciel rougeoyant et pluvieux sous lequel avance la milice armée venue attaquer Barstone etc...

Ensuite, l'album présente d'autres particularités qui en font une oeuvre d'originalité. Tout d'abord, les doubles pages d'ouverture et de fermeture représentent une carte des Territoires du peuple souris. Ainsi, d'entrée, le lecteur est plongé en plein coeur de l'Histoire et de la Géographie de ce petit peuple puisqu'on nous indique en titre de la carte : "Carte des Territoires 1150. Cités, villes, villages et sentiers balisés au terme des guerres d'hiver. Etabli par la Garde en 1149, réalisé par le cartographe Clarke. Les noms rayés figurent les villes détruites par les combats". Ensuite, nous trouvons en annexes, de la documentation concernant la ville où se déroule l'action principale de ce tome, Blarkstone, avec un dessin détaillé de cette ville et de ses principaux lieux, et, dans les pages suivantes, nous pouvons lire la description de quelques métiers exercés dans cette ville (maçon, charpentier, potier, meunier, boulanger...).

Concernant la mise en scène de l'histoire à l'intérieur même du livre, nous pouvons remarquer que chaque chapitre débute par une page de récit mettant en contexte les événements qui vont suivre et se terminant toujours par quelques vers qu'on nous dit extraits de textes ou de discours fondateurs de la Garde :



La mort est une arme puissante
Comme elle est une fuite facile
Les héros deviennent des légendes
Les légendes deviennent les mythes
Les mythes créent de nouveaux héros
(Dernières paroles connues de la Hache Noire, héros légendaire de la Garde)


NB : Cet album se compose de 6 chapitres qui, dans la version américaine représentaient chacun un petit album.

Par ailleurs, j'ai beaucoup apprécié, à l'intérieur même de l'histoire, la petite parenthèse racontant la légende de la Hache sous forme d'un petit cahier enluminé, tout en teintes jaune-orangé et présenté tel une vieille légende moyenâgeuse.

  
    En bref, un petit chef d'oeuvre qui met en scène un monde parfaitement bien construit, des personnages au minois adorable qui s'inscrivent dans une veine épique digne des légendes de chevalerie. 10/10


Le tome 2 vient enfin de paraître après 3 ans d'attente !!! Il s'intitule "Hiver 1152". Mon billet suivant lui sera consacré.

Bonus : une petite chanson pour vous plonger dans l'atmosphère des Légendes de la Garde !

A voir/à lire :
 Le site de David Petersen, avec une rubrique consacrée aux Légendes de la Garde "Mouse Guard" (4 tomes sortis aux Etats-Unis) : la liste des personnages et leur présentation, plein de petites choses à télécharger, une petite boutique ...
Le blog de David Petersen, avec diverses illustrations et toujours un lien direct vers le site officiel des Légendes de la Garde.




Auteur : David Peterson
Traducteur : Marion Roman
Editions Gallimard
Paru en janvier 2008 (France)
154 pages

Le désespoir du singe, Tome 1&2 - Jean-Philippe Peyraud, Alfred

Tome 1, La nuit des lucioles

La guerre civile gronde dans la ville de Prechz. Le pouvoir en place mène une politique d'irrigation intensive pour des champs de coton, ce qui assèche la mer au bord de laquelle est construite cette petite ville. Les pêcheurs subissent maintes restrictions et sombrent dans la faillite et le désespoir. C'est ainsi que se dresse la toile de fond sombre et angoissante de cette histoire.
Puis il y a Josef Setznar, un peintre raté qui sombre dans l'autoapitoiement et l'alccol, tentant vainement de s'attacher à sa fiancée Joliette.  Jusqu'au jour où sa cousine Edith, peintre exubérante et renommée, lui présente Vespérine, lors de la nuit des lucioles... Cette nuit magique où deux âmes faites l'une pour l'autre se rencontrent...
Mais Josef doit quitter la ville avec sa fiancée Joliette; le père de ce dernier a organisé leur fuite. Et Vespérine est mariée et résignée à épauler son mari infirme jusqu'à sa mort...
Les attentats perpétrés par les résistants (les francs-battants) se multiplient dans la ville, rapprochant puis séparant inexorablement les amants...
Cette BD est une pure merveille de poésie. Elle se révèle pourtant parfois crue, voire violente, mais le climat est là, et cette histoire d'amour qui ne naît pas dans des conditions favorables ne s'en trouve que renforcée et d'autant plus belle.
Dans un premier temps, c'est la couverture de l'album qui nous arrête, cette illustration est magnifique : tout à la fois douce et inquiétante. La beauté du couple enlacé ainsi que la luminosité qui les entoure sont contrebalancées par l'arrière-plan et cette ville grise hachurée ainsi que par la tenue sombre des amants. Il émane de ce dessin, une tendre sérénité mais aussi une part lugubre.
Penchons nous sur l'intérieur de l'album maintenant : les dessins sont fouillés, le décor de cette petite ville que l'on siturait en Europe de l'Est est parfaitement planté. De plus, chaque lieu (intérieur : chez Edith, chez Vespérine et son mari, chez Joliette; mais aussi extérieur: le port, les champs où se déroule la chasse aux lucioles, les rues de la ville) incarne une ambiance différente.
Il ne s'agit pas ici de réduire cette oeuvre à une histoire d'amour romantique basée sur la rencontre de deux âmes soeurs, ni d'une une histoire impossible car contrariée par les éléments extérieurs; ce que nous propose cette BD, c'est d'explorer le sentiment amoureux dans toute sa complexité. Par ailleurs, la rencontre entre Josef et Vespérine n'est pas seul le centre de cette histoire, le scénario y donne autant d'intérêt qu'à la tragique répression qui règne dans la ville, ou encore à la vie complexe de l'artiste-peintre Judith, tout en explorant les personnages de Joliette et du mari de Vespérine.


Je me souviens de la première fois où, tout gamin, j'ai accompagné mes tantes à la chasse aux lucioles. J'étais à la fois effrayé par l'idée qu'elle mettent ces insectes dans leurs cheveux, et émerveillé par ces chignons lumineux...

Regarde... Regarde cet arbre. C'est un Araucaria. On le surnomme le "désespoir du singe", car il ne laisse aucune prise à l'escalade... Notre liaison est comme cet arbre, Josef, elle ne peut se laisser envahir par les sentiments... Tu as ta vie, j'ai la mienne. C'est ainsi... Je ne dis pas que c'est mieux, mais c'est ainsi...


Tome 2, Le désert d'épaves


Josef et Joliette ont fui, ils se retrouvent entre les mains d'un passeur crapuleux. Arrivant au terme de leur voyage à bord du bateau qui leur a fait passé la frontière, ils débarquent en plein milieu d'un désert d'épaves. Josef ressent alors le besoin de dessiner, de laisser une trace de l'horreur qu'ils ont sous les yeux. Seulement, les seuls traits qu'il parvient à coucher sur le papier ne sont ceux que de Vespérine. Lui et Joliette tombent dans le guet-apens fomenté par leur passeur et se font voler. Je ne peux en réalité en raconter guère plus car la suite est si inattendue que je gâcherais la surprise... Et cela vaut le coup d'être surpris !
Cette suite, telle que le laisse présager la couverture, très sombre et sinistre, se révèle assez violente. L'action, amorcée dès la fin de premier tome avec l'attentat contre le parlement et la tuerie qui s'en est suivie, se poursuit à un rythme très soutenu dans ce tome-ci. Le scénario est construit sur l'alternance de deux récits : d'un côté, la fuite de Josef et Joliette, avec essentiellement des planches bleues-grises; et de l'autre côté, l'errance d'Edith et Lazlo qui tentent de quitter Prechz, verrouillée par la milice.
On se replonge avec frénésie dans cette histoire qui se lit à un rythme haletant et qui, surtout, n'a pas finie de nous surprendre. Une fois encore les amants Josef/Vespérine que tout a finalement réussi à séparer, ne se sont peut-être pas totalement perdus...


20 ans que la mer d'Edel disparaît et que le parlement cache la vérité ! Le voilà, le résultat de leur "politique d'agriculture intensive et d'irrigation raisonnée"!!! Et bientôt c'est tout le pays qui ressemblera à ce désert d'épaves... Alors oui, dessine l'artiste. Dessine pour ne pas oublier !

    En bref, une magnifique histoire où s'imbrique amour, passion, sentiments et horreur de la guerre. Un décor parfaitement posé, des personnages brillants. 10/10
Sortie du 3e et dernier tome prévue le 11 mai 2011.

A voir: le blog du dessinateur, Alfred, où vous pourrez trouver quelques planches du tome 3 en préparation.


8/10 (Type : BD française) 



Auteurs: Jean-Philippe Peyraud et Alfred
Editions Delcourt
Paru en janvier 2006 (Tome 1) et novembre 2010 (Tome 2)
94 pages (Tome 1 + Tome 2)

Le Collectionneur d'instants - Quint Buchholz

Cet album grand format est avant tout la mise en scène d'une galerie de tableaux, un écrin qui abrite et sublime l'art de Quint Buchholz (célèbre illustrateur allemand de livres pour la jeunesse).
En effet, dans ce livre, ce n'est pas l'image qui sert d'illustration au récit mais le récit qui, relégué au second rôle, vient illustrer les tableaux... Ce livre ne nous expose pas une histoire comme les autres, il donne avant tout à réfléchir sur la création artistique et sensibilise à l'art.


La trame : Max est un artiste-peintre qui vient s'installer dans l'immeuble où habite un jeune garçon, le narrateur. Lorsque Max entend son jeune voisin jouer du violon, il le prie de venir jouer pour lui chaque soir tandis qu'il peint. Un pacte artistique se noue alors entre les deux personnages : le peintre inspiré par le violon, le musicien fasciné par le peintre, sans que jamais Max n'autorise son jeune ami à regarder ses tableaux. Un jour, Max part en voyage et laisse les clefs de son atelier à l'enfant, celui-ci est alors loin de se douter que le peintre lui a préparé une véritable exposition de ses tableaux...


Après un petit récit de 5 pages, suit la galerie de tableaux qui s'exposent sur environs 11 double-pages.
Chaque tableau est accompagné d'une phrase censée expliquer le tableau mais qui, la plupart du temps, lui ajoute un plus grand mystère. Ainsi nous découvrons, en même temps que le jeune ami du peintre, des instants fugaces : les éléphants de neige au Canada, une roulotte de cirque planant au coucher du soleil au-dessus d'un pont, un énormes paquet cadeau posé dans le jardin d'une maison parmi les vaches, une grande flûte traversière survolant la ville transportée par deux mongolfières, des pingouins admirant l'oeuvre d'un peintre en bâtiment dans la rue, ou encore, un roi une fillette et un lion dans une barque se dirigeant vers l'océan, mais aussi, un phare suspendu dans la brume avec des musiciens et un cheval tenté par le funambulisme...
L'art de Quint Buchholz réside dans le fait de saisir des instants; Max, son personnage se définit lui-même comme un "collectionneur d'instants", ainsi, des instants fugaces restent suspendu dans le temps grâce à la peinture. Des tableaux, émanent calme, magie, étrangeté et musique.
Tout était peint avec précision et me semblait étrangement familier… Pourtant, sur chacun des tableaux se produisait quelque chose d’inhabituel, d’inconnu, qui me troublait et en même temps me fascinait, m’attirait. 



En effet, dans presque chacun des tableaux, un élément fait explicitement référence à la musique (flûte, grelot, saxophone, clavier de piano, accordéon, bruit des vagues...), chaque tableau semble renfermer une musique perceptible par le spectateur qui tend l'oreille...
Ci-contre, phrase explicative pour ce tableau : "Ils volaient en direction de la côte. Un son grave, rauque, traversa la nuit."






Cette étrangeté qui nous surprend dans les tableaux, associée au calme qui s'en dégage et à une technique quasi-photographique rapprochent les oeuvres de Quint Buchholz de l'art surréaliste. Ainsi, en contemplant ces peintures on pense aisément à Magritt ou Dali, ou bien aussi, au peintre réaliste américain Edward Hopper.


"Sur une colline, à proximité, se dressait un château percé de fenêtre blanches."
Ainsi, ce tableau nous laisse imaginer le début d'un conte dont on ne percera jamais le mystère...

    En bref, une promenade artistique intense. C'est magnifique ! 10/10

A voir: le site de l'auteur, Quint Buchholz, en allemand mais visitez la "galerie" pour vous en mettre plein les yeux!
A lire: le billet de lael totalement fascinée !




Auteurs: Quint Buchholz
Adapté en français par Bernard Friot
Editions Milan jeunesse
Paru fin 2005 (France)
40 pages

Meurtre dans un jardin indien - Vikas Swarup

Un roman sensationnel qui, sous forme d'intrigue policière, aborde un bon nombre de sujets sensibles de l'Inde d'aujourd'hui...

Après Les Fabuleuses Aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, (adapté au cinéma en 2008 par Dany Boyle sous le titre de Slumdog Millionnaire  et qui a remporté de nombreux prix dont 4 Golden Globes et 8 Oscars), Vikas Swarup vient de publier un nouveau roman : un panorama saisissant de l'Inde, à travers l'enquête menée par un journaliste sur le meurtre d'un richissime et ignoble industriel.

L'intrigue de ce roman est tout d'abord purement policière. Vicky Rai, industriel crapuleux, fils d'un très riche politicien indien, se fait assassiné lors de sa propre garden-party. Six convives sont suspectés du meurtres, ces six personnes ont été retrouvées avec une arme en leur possession.
Il y a Mohan Kumar, un bureaucrate fraîchement retraité possédé par l'esprit de Gandhi; Shabnam Saxena, l'actrice la plus célèbre et la plus sexy de Bollywood; Eketi, un petit aborigène de l'île La Petite Adaman; Munna Mobile, un gamin des rues voleur de téléphones portables;  Jagannath Rai, un politicien véreux, le père de la victime; et enfin, Larry Page, un américain venu en Inde rencontrer sa fiancée d'Internet.
C'est en suivant la vie de ces six personnages que nous découvrirons les raisons qui les ont poussés à se trouver le même jour, dans le même lieu, avec chacun potentiellement un solide mobile pour en vouloir à Vicky Rai...
L'histoire avance progressivement et, inéluctablement les événements rapprochent chaque personnage du meurtre.

Des palaces de Delhi aux bidonvilles de Mehrauli, des repaires terroristes du Cachemire aux cabanes des îles Andaman, des berges du Gange aux tapis rouges des premières de Bombay, entre soif de justice, vengeances, manigances politiques, quête d'un totem perdu ou d'une fiancée par correspondance, tous les chemins semblent mener au jardin du crime. (4e de couverture)

Le groupe des six suspects est très hétéroclites : c'est un véritable microcosme de la vie en Inde. Chaque personnage nous intrigue au plus haut point, chaque parcours est saisissant : les vies s'entrecroisent, imperceptiblement elles sont reliées les unes aux autres. Et ceci n'est pas difficile à comprendre lorsque l'ont s'aperçoit que les hommes de pouvoirs (les riches et les politiciens) détiennent entre leurs mains le sort des plus faibles (les pauvres). Dès lors, sur l'échelle sociale, la moindre volonté d'en haut peut se répercuter sur des dizaines voire des centaines de vies plus bas, tel l'effet papillon.

Ce livre se lit à une vitesse fulgurante : impossible de lâcher l'histoire ! L'auteur enchaîne les rebondissements avec brio, tout est mené d'une main de maître. Celui-ci emploie des ressorts narratifs très différents et efficaces : l'article de journal, le récit ordinaire avec un narrateur-personnage, un journal intime, des communications téléphoniques, ou encore, nous nous retrouvons plongés dans les pensées d'un personnage farcies d'expressions populaires très drôles. Le lecteur est littéralement captivé par ces tranches de vie, cette enquête policière et le paysage de l'Inde qu'on lui expose.

Ainsi, par le prétexte d'une intrigue policière, nous explorons les travers d'une Inde où le pouvoir est corrompu, où l'homme est vicieux et immoral; une Inde à deux niveaux avec d'un côté les riches, criminels par cupidité et soif de pouvoir, et de l'autre, les pauvres, souvent devenus criminels pour survivre. Mais, ce triste constat donne lieu à une éclatante prise de conscience permettant l'éclosion d'un magnifique espoir...

    En bref, un roman palpitant, magistralement orchestré, qui laisse en nous la marque d'une Inde fascinante. 10/10


Auteur: Vikas Swarup
Traduit de l'anglais par Roxane Azimi
Paru en mai 2010
Editions Belfond
481 pages

Leçon de vol - Sebastian Meschenmoser

Un petit album carré qui, sous la forme d'un carnet à dessins, nous relate une histoire poétique, drôle et touchante !

Dans la rue, le narrateur rencontre un pingouin... Celui-ci lui explique qu'il a malencontreusement atterri là alors qu'il était en train de voler avec un groupe d'oiseaux. En plein vol, il se fit la réflexion suivante : mais au fait... un pingouin ne vole pas..., et il chuta. Le narrateur décide de croire le pingouin, il le prend sous sa coupe et  l'entraîne à voler. Ils font ainsi d'innombrables tentatives, la plupart totalement absurdes (mais très drôles), sans succès... Jusqu'au jour où...


Les dessins, sont superbes ! A la manière d'un carnet de croquis (à l'exquis papier granuleux), l'auteur nous fait suivre l'histoire de ce duo improbable. Dans cette histoire, nous retrouvons la poésie du Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry,  ainsi que la tendresse de l'Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepulveda. De plus, ce récit ne manque pas d'humour. Tout est réunit pour nous offrir un magnifique album à feuilleter, voir et revoir, lire et relire !


Le message que transmet ce livre est poétique, philosophique, métaphysique et BEAU : lorsque l'on croit fermement à une chose rien ne peut y faire obstacle, tandis que le doute coupe court à toute ambition. Croire au plus profond de soi en ce que l'on considère être le vrai permet d'y accéder le plus naturellement du monde... (les dernières pages du livre sont tout simplement époustouflantes !)


    En bref, un petit trésor à découvrir de toute urgence ! 10/10






Auteur: Sebastian Meschenmoser
Traduction de Bruno Masson (allemand/français)
Editions Petite Plume de carotte
Paru en avril 2010
48 pages

Le Lion bleu - Hugues Mahoas

Le lion bleu - Hugues Mahoas
Une magnifique découverte !

Insolite, beau, inquiétant sont les trois mots qui définissent au mieux l'atmosphère de cet album.

Une belle histoire de courage et d'amitié:
Lorsqu'un cirque marin débarque dans un petit port, les enfants découvrent la nouvelle attraction de l'année: un lion bleu. Il crée l'événement, mais une petite fille le trouve si triste qu'elle se prend de pitié pour lui et décide de le libérer. Elle s'est résolue à le ramener en Afrique à bord de son Kayak...

Les dessins sont beaux, intriguants, mystérieux et inquiétants tout à la fois. Ce petit lion dégage une expressivité fabuleuse ! (oui, regardez bien, ce sont des larmes sous ses yeux...).
Les couleurs utilisées donnent toute la profondeur à l'histoire, elles symbolisent la tension entre le malheur de ce lion et l'espoir mais aussi le danger que repésente pour lui la fillette.
Aucune mièvrerie dans cette histoire, le lion est peint avec sa tristesse et ses instincts, la fillette avec sa pitié, sa colère et son courage.
Cette album n'est pas tendre, il est même un peu sombre mais tellement touchant !

La recherche picturale est réfléchie, juste et intelligente. Par exemple, le dessin sait se faire apaisant lors de la fuite de la fillette et du lion sur le kayak.

Mais, la mise en page peut aussi interpeller le lecteur de manière saisissante. Par une disposition de 4 vignettes au milieu d'une page l'auteur illustre l'ensevelissement du lion fragilement posé sur son rocher au milieu de l'océan, à la manière d'un film d'animation: au fil des 4 images, on voit la vague apparaître et le lion disparaître. Ou encore, de manière tout aussi poignante à la page d'après, le décor se vide de ses couleurs pour illustrer la noyade du lion: il ne reste alors qu'une forme bleue se débattant au milieu de courbes en noir et blanc.

Je ne peux m'empêcher de vous faire découvrir l'auteur de ce petit trésor. Il s'agit de Hugues Mahoas, il travaille dans l'animation de dessins-animés sur france5. J'ai découvert que son premier album, Le Phare de l'enfant-algue (aux Editions Beluga, 2008) s'était vu décerné le Prix de l'album du Salon du livre insulaire d'Ouessant.



En bref, un album "catégorie trésor". A ne manquer sous aucun prétexte ! 10/10

A voir/à lire :
Je vous invite de toute urgence à aller visiter le blog de l'auteur (Mahoas arts) pour découvrir son talent et d'autres planches du Lion bleu.
Une interview de l'auteur lors d'une séance de dédicace dans le Morbihan : Ouest-France


Auteur: Hugues Mahoas
Editions Beluga
Paru en mars 2010
50 pages

Télé Cotcot réalité - Michel Piquemal

Télé Cotcot réalité - Michel Piquemal
Lorsque Big Brother débarque dans un poulailler ça fait voler des plumes !

L'arrivée d'un charismatique producteur télé, Chapon du Marais, crée l'effervescence dans un poulailler. Les poulettes ont accepté d'être filmées jour et nuit !

Seule Chiquita, la poulette noire, ne se réjouit pas de cette intrusion dans sa vie privée...

L'émission va passionner les poulaillers du pays qui suivront quotidiennement les rapprochements amoureux ou les coquetteries de nos nouvelles starlettes !

Mais lorsque les spectateurs commencent à s'ennuyer, ne faut-il pas par tous les moyens leur donner du sensationnel ?! C'est alors que Chapon va rivaliser d'idées pas toujours très honnêtes pour satisfaire les attentes du public... Mais Chiquita, la poule rebelle veille... !

Cet album offre à nos petits lecteurs une satire des émissions télé-réalités très pertinente! Il tourne en dérision ce phénomène d'actualité en nous révélant les coulisses du jeu!
Les dessins et les couleurs sont superbes, le rendu du poulailler génial, on a l'impression d'y être !

    En bref, un livre actuel, gai et très drôle qui sensibilise les enfants, potentiellement futurs consommateurs de télé-réalité. 10/10

Auteur: Michel Piquemal
Illustrations de Frédéric Pillot et Alexandre Roane
Editions De La Martinière Jeunesse
Paru en mars 2010 
40 pages

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