Le blog des livres : Cottage Treasure

Le Phare de l'enfant algue - Hugues Mahoas

Un récit original et touchant sur la force du lien qui unit un homme à la mer ...

Le phare des Roches Noires abrite un gardien et son chien. Ensemble, ils rendent bien des services aux marins égarés en pleine nuit et ont évité bien des naufrages en signalant la présence des roches noires.
Ainsi, ce gardien et son chien coulent des jours heureux au milieu de l'océan... Jusqu'au jour où une petite barque avec à son bord trois drôles de silhouettes vient annoncer au gardien qu'il doit rendre son tablier, désormais le phare sera automatisé !
Le gardien dépité, ne parvient pas à se résoudre à quitter son phare. Cette nuit-là, il reçoit la visite d'un étrange visiteur qui lui propose une perspective bien plus attrayante !
Un enfant-algue, c'est-à-dire une petite branche d'algue qui vit et qui parle, est parvenu à entrer dans le phare; une fois remis de son terrible périple qui lui a permis d'arriver jusqu'au phare tout desséché, il propose au gardien de venir le rejoindre, lui et ses semblables, au fond de l'océan. Celui-ci lui décrit un monde abyssal foisonnant, joyeux et accueillant.
Le gardien, séduit, accepte de suivre la petite algue après avoir fait ses adieux à son cher phare. Le gardien, le chien, et l'algue prennent donc la mer et dès qu'ils en reçoivent le signal, plongent dans les profondeurs, accrochés à une ancre...
Alors se dévoile une vie sous-marine inattendue  d'algues, de naufragés menant une vie tranquille et organisée, un lieu où notre gardien fera par ailleurs la rencontre d'une bien belle algue ....

En arrivant au fond de l'océan, le gardien manqua d'écraser avec son ancre une algue de toute beauté.

Un petit album qui fleure bon l'air marin ! Des couleurs superbes qui évoquent tout une symbolique marine : des dégradés de bleus superbes ainsi que des gris contrastant avec une couleur rouge très présente crées une atmosphère très prenante.
Au fil des pages, le lecteur a véritablement la sensation qu'une petite brise iodée vient lui chatouiller les narines...
On se laisse volontiers entraîner à la suite du gardien dans les profondeurs abyssales et pouvons aisément nous imaginer vivre parmi ce peuple algue.
Un conte contemporain d'une grande justesse sur l'attraction qu'opère la mer sur certains hommes. Un album aux couleurs chatoyantes, dans lequel on aime plonger et replonger ! Plouf !

Cet album a reçu le prix du "conte contemporain" au Salon International du Livre Insulaire de l'île de Ouessant en 2009.


Personnellement, je connaissais le travail d'Hugues Mahoas par son second album, Le lion bleu, paru en mars 2010, une véritable révélation pour moi ! Voir mon Post sur le lion bleu.
En m'intéressant plus à l'univers de cet auteur, j'ai donc découvert ce premier album, qui ne m'a pas déçue du tout !
Un auteur à découvrir absolument !

A voir/à lire :
Le blog de l'auteur : Mahoas arts, sur lequel on apprend qu'une suite du Phare de l'enfant-algue est en cours, planche à l'appui ...
Une interview de l'auteur lors d'une séance de dédicace dans le Mobihan : Ouest-France
Mon post sur Le Lion bleu


Auteur: Hugues Mahoas
Editions Beluga
Paru en juillet 2008
42 pages

Le Collectionneur d'instants - Quint Buchholz

Cet album grand format est avant tout la mise en scène d'une galerie de tableaux, un écrin qui abrite et sublime l'art de Quint Buchholz (célèbre illustrateur allemand de livres pour la jeunesse).
En effet, dans ce livre, ce n'est pas l'image qui sert d'illustration au récit mais le récit qui, relégué au second rôle, vient illustrer les tableaux... Ce livre ne nous expose pas une histoire comme les autres, il donne avant tout à réfléchir sur la création artistique et sensibilise à l'art.


La trame : Max est un artiste-peintre qui vient s'installer dans l'immeuble où habite un jeune garçon, le narrateur. Lorsque Max entend son jeune voisin jouer du violon, il le prie de venir jouer pour lui chaque soir tandis qu'il peint. Un pacte artistique se noue alors entre les deux personnages : le peintre inspiré par le violon, le musicien fasciné par le peintre, sans que jamais Max n'autorise son jeune ami à regarder ses tableaux. Un jour, Max part en voyage et laisse les clefs de son atelier à l'enfant, celui-ci est alors loin de se douter que le peintre lui a préparé une véritable exposition de ses tableaux...


Après un petit récit de 5 pages, suit la galerie de tableaux qui s'exposent sur environs 11 double-pages.
Chaque tableau est accompagné d'une phrase censée expliquer le tableau mais qui, la plupart du temps, lui ajoute un plus grand mystère. Ainsi nous découvrons, en même temps que le jeune ami du peintre, des instants fugaces : les éléphants de neige au Canada, une roulotte de cirque planant au coucher du soleil au-dessus d'un pont, un énormes paquet cadeau posé dans le jardin d'une maison parmi les vaches, une grande flûte traversière survolant la ville transportée par deux mongolfières, des pingouins admirant l'oeuvre d'un peintre en bâtiment dans la rue, ou encore, un roi une fillette et un lion dans une barque se dirigeant vers l'océan, mais aussi, un phare suspendu dans la brume avec des musiciens et un cheval tenté par le funambulisme...
L'art de Quint Buchholz réside dans le fait de saisir des instants; Max, son personnage se définit lui-même comme un "collectionneur d'instants", ainsi, des instants fugaces restent suspendu dans le temps grâce à la peinture. Des tableaux, émanent calme, magie, étrangeté et musique.
Tout était peint avec précision et me semblait étrangement familier… Pourtant, sur chacun des tableaux se produisait quelque chose d’inhabituel, d’inconnu, qui me troublait et en même temps me fascinait, m’attirait. 



En effet, dans presque chacun des tableaux, un élément fait explicitement référence à la musique (flûte, grelot, saxophone, clavier de piano, accordéon, bruit des vagues...), chaque tableau semble renfermer une musique perceptible par le spectateur qui tend l'oreille...
Ci-contre, phrase explicative pour ce tableau : "Ils volaient en direction de la côte. Un son grave, rauque, traversa la nuit."






Cette étrangeté qui nous surprend dans les tableaux, associée au calme qui s'en dégage et à une technique quasi-photographique rapprochent les oeuvres de Quint Buchholz de l'art surréaliste. Ainsi, en contemplant ces peintures on pense aisément à Magritt ou Dali, ou bien aussi, au peintre réaliste américain Edward Hopper.


"Sur une colline, à proximité, se dressait un château percé de fenêtre blanches."
Ainsi, ce tableau nous laisse imaginer le début d'un conte dont on ne percera jamais le mystère...

    En bref, une promenade artistique intense. C'est magnifique ! 10/10

A voir: le site de l'auteur, Quint Buchholz, en allemand mais visitez la "galerie" pour vous en mettre plein les yeux!
A lire: le billet de lael totalement fascinée !




Auteurs: Quint Buchholz
Adapté en français par Bernard Friot
Editions Milan jeunesse
Paru fin 2005 (France)
40 pages

Le petit Nicolas - Sempé, Goscinny

1960, c'est la date où Le Petit Nicolas fut publié la première fois... Vu comme ça, rien de forcément très engageant ! Mais pourtant aujourd'hui, 50 ans plus tard, c'est avec plaisir et enchantement que le lecteur continue de se plonger dans ces petites histoires tendres et drôles.

Si Le petit Nicolas plaît tant c'est que le double niveau de lecture qu'il propose séduit autant un jeune lecteur qu'un adulte. Ainsi, dès 9 ans, un enfant se retrouvera dans les bêtises du petit héros ainsi que dans le vocabulaire et les expressions qu'il utilise. Par ailleurs, un adulte sera charmé par la naïveté du personnage et le décalage entre son insouciance et les conséquences de ses bêtises.

Pour ma part, c'est principalement la nostalgie qui m'a fait me tourner vers ce livre. En outre, curieuse de comprendre l'engouement du public pour cette oeuvre et indéniablement attirée par le côté "rétro" du petit Nicolas, j'ai été totalement conquise par l'ambiance "cour d'école" et ai retrouvé la fraîcheur des années "école primaire".
En effet, nous y retrouvons la maîtresse stricte mais souvent dépassée, les jeux de la cour de récrée, les bêtises et les bagarres. (Je signale rapidement que les dessins de Sempé représentant  la salle de classe ou de la cour de l'école sont exquis !)
Plus spécialement dans ce volume nous revivons, par exemple, le jour de la photo de classe, la venue de l'inspecteur, l'arrivée du nouveau, les carnets à faire signer, la (tentative de) mise en place d'une petite pièce de théâtre pour la fête de l'école, un chien trouvé, une petite fugue, etc...

L'univers du petit Nicolas c'est :
Agnan, le premier de la classe sur qui on ne peut pas taper car il porte des lunettes.
Alceste, un copain très gros car il mange tout le temps.
Eudes, un garçon très fort qui aime taper sur le nez de ses petits copains.
Geoffroy qui aime bien se déguiser et qui a un papa très riche qui lui donne tout ce qu'il veut.
Rufus qui a un sifflet car son papa est agent de police.
Joachim, un copain qui a un vélo.
Clothaire, le dernier de la classe.
Le Bouillon, le surveillant de l'école.
Mais aussi, MaixentLouisette (la petite fille d'une amie à maman), M. Blédurt (notre voisin qui aime bien taquiner papa)...

J'adore quand.... 
Lors de la photo de classe, la maîtresse se fâche et donne comme punition à Eudes la conjugaison du verbe : "Je ne dois pas refuser de céder ma place à un camarade qui a renversé sur sa chemise une tartine de confiture"...
Et, lorsqu'elle punit Alceste qui doit écrire cent fois : "Je ne dois pas battre un camarade qui ne me cherche pas noise et qui porte des lunettes", pour avoir frappé Agnan...

Djodjo s'est assis, toujours en faisant son sourire plein de dents. "C'est dommage que personne ne parle sa langue", a dit la maîtresse. "Moi je possède quelques rudiments d'anglais", a dit Agnan, qui, il faut le dire, parle bien. Mais après qu'Agnan eut sorti ses rudiments à Djodjo, Djodjo l'a regardé et puis il s'est mis à rire et il s'est tapé le front avec le doigt. Agnan était très vexé, mais Djodjo avait raison. Après, on a su qu'Agnan lui avait raconté des choses sur son tailleur qui était riche et sur le jardin de son oncle qui était plus grand que le chapeau de sa tante. Il est fou Agnan !

    En bref, un petit classique plein de charme, d'humour et de tendresse pour bouquiner le sourire aux lèvres. De 9 à 99 ans. 8/10


Auteurs: Sempé (dessins) et Goscinny
Publié en 1960 (1ère édition chez Denoël)
1973 dans la collection Folio
156 pages

Leçon de vol - Sebastian Meschenmoser

Un petit album carré qui, sous la forme d'un carnet à dessins, nous relate une histoire poétique, drôle et touchante !

Dans la rue, le narrateur rencontre un pingouin... Celui-ci lui explique qu'il a malencontreusement atterri là alors qu'il était en train de voler avec un groupe d'oiseaux. En plein vol, il se fit la réflexion suivante : mais au fait... un pingouin ne vole pas..., et il chuta. Le narrateur décide de croire le pingouin, il le prend sous sa coupe et  l'entraîne à voler. Ils font ainsi d'innombrables tentatives, la plupart totalement absurdes (mais très drôles), sans succès... Jusqu'au jour où...


Les dessins, sont superbes ! A la manière d'un carnet de croquis (à l'exquis papier granuleux), l'auteur nous fait suivre l'histoire de ce duo improbable. Dans cette histoire, nous retrouvons la poésie du Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry,  ainsi que la tendresse de l'Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepulveda. De plus, ce récit ne manque pas d'humour. Tout est réunit pour nous offrir un magnifique album à feuilleter, voir et revoir, lire et relire !


Le message que transmet ce livre est poétique, philosophique, métaphysique et BEAU : lorsque l'on croit fermement à une chose rien ne peut y faire obstacle, tandis que le doute coupe court à toute ambition. Croire au plus profond de soi en ce que l'on considère être le vrai permet d'y accéder le plus naturellement du monde... (les dernières pages du livre sont tout simplement époustouflantes !)


    En bref, un petit trésor à découvrir de toute urgence ! 10/10






Auteur: Sebastian Meschenmoser
Traduction de Bruno Masson (allemand/français)
Editions Petite Plume de carotte
Paru en avril 2010
48 pages

L'histoire de Monsieur Sommer - Patrick Süskind, Sempé

Un livre jeunesse écrit par un des plus grands écrivains du XXe siècle (Patrick Süskind, Le Parfum), et illustré par Sempé (Le Petit Nicolas); cet album-roman a tout pour aiguiser notre curiosité...

Ce livre n'est pas exclusivement destiné à la jeunesse car il y a beaucoup de texte et il possède un grand intérêt littéraire au niveau du style de l'auteur (comme l'on aurait pu s'en douter !). Par ailleurs, nous remarquons d'emblée la symbiose entre ce texte et les illustrations: le dessin colle parfaitement au ton de l'histoire !

Le narrateur relate des fragments de son enfance qu'il a passée dans un petit village, Unternsee, au bord d'un lac. Il évoque ses exploits de petit garçon, comme voler en se laissant porter par le vent, monter aux arbres, ou encore ses périples à bicyclette, l'enfer de ses cours de piano, un déboire amoureux...
Mais un personnage revient toujours dans son récit. Il s'agit de Monsieur Sommer, un homme qui marche du matin au soir et du soir au matin, certains le soupçonnent même de marcher la nuit... Mais pourquoi Monsieur Sommer ne cesse-t-il de marcher ?
Hiver comme été, variant sa tenue vestimentaire (un manteau noir et un bonnet rouge à pompon pour l'hiver, un chapeau de paille, une chemise et un short caramel pour l'été) mais gardant toujours la même allure, il marche avec son petit sac-à dos vide et son grand bâton noueux, sa troisième jambe. Il marche autour du lac qui fait 40 kms de circonférence, il ne parle à personne et avance d'un pas pressé, Monsieur Sommer se rend toujours quelque part, il n'a pas le temps de s'arrêter ni de discuter avec qui que ce soit...
Certains disent qu'il marche par claustrophobie...
Ce personnage est une ombre, un décor à l'histoire, et à la fois le protagoniste même de l'histoire, il est omniprésent. Et, à la manière du narrateur qui peut l'apercevoir soudain dans le paysage à un moment donné de la journée, Monsieur Sommer vient hanter notre récit, il apparaît puis disparaît, mais il est omniprésent. C'est une souffrance ambulante qui vient diluer l'humour des anecdotes du narrateur. Et lorsque la douleur du narrateur entre au contact de la douleur de Monsieur Sommer, notre jeune héros se met à voir les choses différemment...

C'est un pur moment de plaisir littéraire, avec des digressions savoureuses et souvent très comiques. Le récit peut partir soudain dans tous les sens, le génie de l'auteur fait que l'on ne perd jamais le fil et que l'on ne décroche pas une seule fois de son propos. Les illustrations s'imbriquent parfaitement avec l'histoire, au point que l'histoire et l'image sont indispensables l'une à l'autre. Beaucoup de nostalgie de nos souvenirs d'écolier resurgit à la lecture de ce texte magnifique, et la finesse des traits des dessins de Sempé ne fait que la souligner.

... je savais garder l'équilibre, tourner, freiner, monter et descendre de vélo, etc., mais je n'étais pas capable de doubler, ni de me laisser dépasser, ni de croiser quelqu'un. Dès que se faisait entendre le plus léger bruit de moteur d'une voiture qui arrivait devant ou derrière, je freinais aussitôt, mettais pied à terre et attendais que l'auto fût passée. Pour dépasser un piéton, je descendais de vélo juste derrière lui, je le doublais en courant et en poussant, et je ne me remettais à pédaler qu'après l'avoir laissé loin derrière moi.  

    En bref, un petit bijou né d'une fructueuse association ! Un très agréable moment de lecture : de bons moments de rigolade, de bons moments de nostalgie, et un soupçon de tristesse. 8/10

Auteurs: Patrick Süskind et Sempé (illustrateur)
Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary
Editions Gallimard
Paru en février 2003 (France)
70 pages

Oksa Pollock, Tome 1 : L'Inespérée - Anne Plichota, Cendrine Wolf

Livre magique à mettre surtout entre toutes les mains !!

L'histoire de la parution de ce livre est tout d'abord un conte à part entière : un soir du Nouvel An, deux bibliothécaires strasbourgeoises, Anne Plichota et Cendrine Wolf, se lancent le défi d'écrire à 4 mains un roman qui a commencé, peu auparavant, à germer dans leurs esprits. Elles réalisent leur projet mais, malheureusement, les Editions Gallimard leur ferment leur porte, elles décident donc de publier leur roman à leur propre compte et créent les Editions Du-dehors. C'est alors qu'elles rencontrent un vif succès auprès des lecteurs de leur médiathèque (entre autre) ! A partir de là, la magie va opérer : les fans du roman créent un blog, multiplient les démarchent pour faire connaître le livre et contactent les Editions XO ; ceux-ci, devant l'ampleur du phénomène émergeant décident d'accorder un rendez-vous aux auteurs et le contrat est signé ! Oksa Pollock va enfin pouvoir accéder à un plus vaste public, pour le plus grand bonheur de tous !

"A priori" à abolir  n°1 : ne surtout pas se fier à la couverture du roman  que je trouve personnellement hideuse, elle n'est pas représentative du tout de l'atmosphère du roman et j'irais même jusqu'à dire qu'elle est malencontreusement rebutante !
"A priori" à abolir n°2 : ce livre n'a rien à voir avec une célèbre série fantastique anglo-saxonne, bien que les fans de ladite série adoreront obligatoirement ce roman ! En effet, Oksa Polock développe un univers à part entière, totalement personnel et surtout, empreint d'une patte franco-russe distinctive !

Oksa Polock est une collégienne de 13 ans qui, à la suite de son déménagement en Angleterre avec sa famille, va se découvrir des pouvoirs magiques. De là, c'est toute l'histoire de sa famille, d'origine russe, qui va alors refaire surface. Sa grand-mère, l'excentrique Dragomira, va ainsi lui révéler les plus grands secret concernant ses origines : expulsés d'une Terre magique, Edéfia, un petit groupe de personnes a trouvé refuge en Russie pour ensuite se retrouver en France, puis en Angletterre, pressés par la fuite.

La caractéristique majeure de ce roman est que l'histoire se déroule dans le monde réel, Oksa fréquente un collège français en Angleterre, et sa famille tient absolument à rester discrète et s'intégrer au mieux socialement. C'est donc avec l'obligation de rester à l'abri des regards qu'Oksa va s'initier à ses nouveaux pouvoirs. Les liens familiaux sont très développés, l'ambiance "esprit de famille" est très forte, c'est d'ailleurs ce qui rend les personnages si attachants et proche de nous.

A pas feutrés... entrons dans l'univers d'Oksa Polock...
  • Au troisième étage de la maison Pollock, en passant par l'étui de la contrebasse de la Baba Pollock (la grand-mère) nous pouvons trouver : des Foldingots, petites créatures vivant en couple et s'occupant de l'intendance du foyer, ils adorent le langage qu'ils manient avec fantaisie; des Gétorix, créatures en forme de pomme-de-terre surmontée d'une épaisse chevelure bouclée et emmêlée, ils passent leur temps à taquiner les autres créature et possèdent un sens du sarcasme incomparable; une Goranov, il s'agit d'une plante à la fragile santé psychique, elle stresse très facilement ce qui lui provoque de fréquents évanouissements.
  • Dans le jardin de Léomido (le grand-oncle d'Oksa, le frère de Baba) nous pouvons trouver : des Insuffisants, une créature très attendrissante, flasque de corps et mou d'esprit, doté d'une longue crête, il ne comprend jamais rien à ce qui se passe autour de lui et est la cible favorite des quolibets du Gétorix; des Devinailles, petites poules miniatures très très frileuses qui ne rêvent que d'une chose, migrer vers un pays chaud, ce sont des détecteurs de mensonges très fiables; des Gélinottes, poules géantes habitant près du lac chez Léomido, elles sont très succeptibles et n'admettent pas la critique, elles ne peuvent voler que de nuit.
  • Il arrive que la Baba Pollock porte : des boucle-d'oreilles en or en forme de perchoir avec de minuscules oiseaux vivants perchés dessus; une robe violette brodée de silhouettes de biches en perles noires qui peuvent se mettre à gambader...
  • Oksa porte à son poignet : un Curbita-Peto, c'est un bracelet avec une tête d'ours qu'il faut nourrir de granules, son rôle est de prévenir les débordements émotionnels de son maître. 
  • Oksa a dans son sac : un Culbu-Gueulard, une petite créature volante en forme de culbuto qui lui sert d'alarme si quiconque s'approche de son sac.
  • Quelques accessoires magiques : un Crache-Granoks, c'est un tube dans lequel on met des Granoks (granules magiques fabriquées par la grand-mère herboriste) et dans lequel on souffle en déclamant un mot magique pour attaquer son ennemi; un Capaciteur, c'est une pilule à avaler pour rendre plus performant un pouvoir.

Vous voici désormais prêts à pénétrer dans l'univers baroque et insolite d'Oksa Pollock ! Vous n'en reviendrez pas...

    En bref, un roman dont on peut être fier qu'il s'inscrive dans le patrimoine littéraire (jeunesse) français ! A consommer sans modération et vivement la suite !! 9/10

A voir: Le site officiel d'Oksa Pollock.
Le forum officiel d'Oksa Pollock.
Le site des Editions XO sur lequel vous pouvez voir des avis de lecteurs.

Auteurs: Anne Plichota et Cendrine Wolf
Tome 1 : L'Inespérée
Editions XO
Paru en mars 2010
489 pages

Blue Cerises, Saison 1 - Cécile Roumigière, Sigrid Baffert, Maryvonne Rippert, Jean-Michel Payet

Blue Cerises, Saison 1 - Roumigière, Baffert, Rippert et Payet
"4 ados, 4 amis, 4 histoires, 1 lourd secret. "

Mais surtout, 4 livres au format super agréable que l'on peut emmener partout, et 4 auteurs incroyablement synchronisés: Cécile Roumigière, Sigrid Baffert, Maryvonne Rippert et Jean-Michel Payet.

Les auteurs se sont lancé le défi d'écrire cette histoire en s'attribuant chacun un personnage pour le faire évoluer de saison en saison. Et là où la mayonnaise prend vraiment, c'est que le scénario ne comporte aucune faille. Nous retrouvons chaque personnage dans chacun des 3 autres livres où il apparaît en tant que personnage secondaire, et le puzzle avance de cette manière. Chaque tome se lit indépendamment des autres et il n'y a aucun ordre à respecter puisque les évènements se déroulent sur la même période.

Autant vous dire qu'une fois qu'on s'est plongé dedans, il nous est impossible de lâcher l'histoire ! Rien à redire au niveau de l'écriture: c'est intelligent, vif et entraînant

Il y a donc Amos, Zik, Violette et Satya. Chaque livre nous plonge dans un univers, une personnalité. Ces ados ont 16 ans et, chacun de leur côté, vivent des expériences plus où moins perturbantes. Ils trouvent toujours le soutien au coeur de leur groupe, "les Blue Cerises", car au-delà de leurs tracas quotidiens, un très lourd secret les unis, un événement qui se serait déroulé un été, deux ans auparavant, et qui concernerait une mystérieuse Olivia... Nous n'en saurons pas plus pour cette première saison mais ce qui est sûr c'est que tous ont été profondément marqués par cette histoire dont des souvenirs resurgissent parfois...

   En bref, une démarche super originale et très aboutie pour un moment de lecture hors du commun. 9/10

Actualité: La saison 2 est disponible et la saison 3 vient de paraître.
Et, parce que les Blue Cerises c'est un univers à part entière, chaque personnage à un blog: vous trouverez tout ça sur le site des Blue Cerises.

A lire: La naissance du concept et les blogs des auteurs sur le site de Cécile Roumiguière (la coordinatrice de la série).

Auteurs: Cécile Roumigière, Sigrid Baffert, Maryvonne Rippert, Jean-Michel Payet
Editions Milan, "Macadam"
Paru en mai 2009 
60 pages/livre

Le Lion bleu - Hugues Mahoas

Le lion bleu - Hugues Mahoas
Une magnifique découverte !

Insolite, beau, inquiétant sont les trois mots qui définissent au mieux l'atmosphère de cet album.

Une belle histoire de courage et d'amitié:
Lorsqu'un cirque marin débarque dans un petit port, les enfants découvrent la nouvelle attraction de l'année: un lion bleu. Il crée l'événement, mais une petite fille le trouve si triste qu'elle se prend de pitié pour lui et décide de le libérer. Elle s'est résolue à le ramener en Afrique à bord de son Kayak...

Les dessins sont beaux, intriguants, mystérieux et inquiétants tout à la fois. Ce petit lion dégage une expressivité fabuleuse ! (oui, regardez bien, ce sont des larmes sous ses yeux...).
Les couleurs utilisées donnent toute la profondeur à l'histoire, elles symbolisent la tension entre le malheur de ce lion et l'espoir mais aussi le danger que repésente pour lui la fillette.
Aucune mièvrerie dans cette histoire, le lion est peint avec sa tristesse et ses instincts, la fillette avec sa pitié, sa colère et son courage.
Cette album n'est pas tendre, il est même un peu sombre mais tellement touchant !

La recherche picturale est réfléchie, juste et intelligente. Par exemple, le dessin sait se faire apaisant lors de la fuite de la fillette et du lion sur le kayak.

Mais, la mise en page peut aussi interpeller le lecteur de manière saisissante. Par une disposition de 4 vignettes au milieu d'une page l'auteur illustre l'ensevelissement du lion fragilement posé sur son rocher au milieu de l'océan, à la manière d'un film d'animation: au fil des 4 images, on voit la vague apparaître et le lion disparaître. Ou encore, de manière tout aussi poignante à la page d'après, le décor se vide de ses couleurs pour illustrer la noyade du lion: il ne reste alors qu'une forme bleue se débattant au milieu de courbes en noir et blanc.

Je ne peux m'empêcher de vous faire découvrir l'auteur de ce petit trésor. Il s'agit de Hugues Mahoas, il travaille dans l'animation de dessins-animés sur france5. J'ai découvert que son premier album, Le Phare de l'enfant-algue (aux Editions Beluga, 2008) s'était vu décerné le Prix de l'album du Salon du livre insulaire d'Ouessant.



En bref, un album "catégorie trésor". A ne manquer sous aucun prétexte ! 10/10

A voir/à lire :
Je vous invite de toute urgence à aller visiter le blog de l'auteur (Mahoas arts) pour découvrir son talent et d'autres planches du Lion bleu.
Une interview de l'auteur lors d'une séance de dédicace dans le Morbihan : Ouest-France


Auteur: Hugues Mahoas
Editions Beluga
Paru en mars 2010
50 pages

Le carnet rouge - Agata Kawa

Le carnet rouge - Agata Kawa
Cet album jeunesse est un petit bijou aux couleurs du printemps !

Ce qui m'a tout d'abord attirée dans cet album c'est son format tout en longueur et sa tranche en tissu imprimé qui lui donne un petit aspect précieux. Cette couverture est magnifique: les couleurs et les dessins sont très soignés et le style, un peu vieillot, nous intrigue et nous donne envie d'ouvrir le livre...

Les promesses sont tenues ! Cet album est détonnant de par son originalité. Benjamin Lacombe raconte l'enfance de William Morris, le père fondateur du design moderne qui vécut au XIXe siècle, en Angleterre. Le dessin d'Agata Kawa sublime ce récit en harmonisant le fond et la forme puisqu'elle dessine à la manière des Préraphaélites dont William Morris fut fortement imprégné.

William est envoyé dans un internat pour devenir prêtre, mais ce qui a retenu l'attention du jeune homme dès son arrivée, ce n'est certainement pas la lugubre bâtisse mais le magnifique jardin qu'elle abrite derrière ses murs. Ce jardin sera le lieu où il aimera se ressourcer, ou il aimera se laisser enivrer: une véritable source d'inspiration pour des textes et des dessins qu'il consignera dans son carnet rouge... 

"William est souvent puni. Mais il ne peut s'en empêcher, son esprit a besoin de s'évader, ses mains ont besoin de dessiner."

La taille des pages, très longues, encadre parfaitement les superbes illustrations, lesquelles sont d'ailleurs agrémentées de phrases manuscrites qui s'échappent de part et d'autres du dessin. Cela donne un vrai caché au dessin comme si William Morris y avait lui-même laissé son empreinte...

Ce sont la littérature, le dessin et la peinture qui sont mis à l'honneur par ce livre. Un vrai parfum de printemps se dégage des pages. Les formes s'enroulent harmonieusement, les couleurs nous ravissent et nous traversons le jardin qui inspire tant le jeune garçon.

    En bref, une vraie surprise de printemps pleine d'inventivité et de minutie. Une belle et fascinante découverte ! 8/10

A lire: Pour voir plus d'illustrations du Carnet rouge, le blog d'Agata Kawa  et celui de Benjamin Lacombe

Illustrateur: Agata Kawa
Raconté par Benjamin Lacombe
Editions Seuil Jeunesse
32 pages

Télé Cotcot réalité - Michel Piquemal

Télé Cotcot réalité - Michel Piquemal
Lorsque Big Brother débarque dans un poulailler ça fait voler des plumes !

L'arrivée d'un charismatique producteur télé, Chapon du Marais, crée l'effervescence dans un poulailler. Les poulettes ont accepté d'être filmées jour et nuit !

Seule Chiquita, la poulette noire, ne se réjouit pas de cette intrusion dans sa vie privée...

L'émission va passionner les poulaillers du pays qui suivront quotidiennement les rapprochements amoureux ou les coquetteries de nos nouvelles starlettes !

Mais lorsque les spectateurs commencent à s'ennuyer, ne faut-il pas par tous les moyens leur donner du sensationnel ?! C'est alors que Chapon va rivaliser d'idées pas toujours très honnêtes pour satisfaire les attentes du public... Mais Chiquita, la poule rebelle veille... !

Cet album offre à nos petits lecteurs une satire des émissions télé-réalités très pertinente! Il tourne en dérision ce phénomène d'actualité en nous révélant les coulisses du jeu!
Les dessins et les couleurs sont superbes, le rendu du poulailler génial, on a l'impression d'y être !

    En bref, un livre actuel, gai et très drôle qui sensibilise les enfants, potentiellement futurs consommateurs de télé-réalité. 10/10

Auteur: Michel Piquemal
Illustrations de Frédéric Pillot et Alexandre Roane
Editions De La Martinière Jeunesse
Paru en mars 2010 
40 pages

-