Le blog des livres : Cottage Treasure

Un zoo en hiver - Jirô Taniguchi

Jirô Taniguchi nous emmène dans l'univers des dessinateurs de mangas, dans le Tôkyô des années 60, à l'heure où l'auteur fait ses premiers pas dans le monde des mangakas.

Hamaguchi est un jeune homme plein de rêves et de talents. Il travaille pour un grossiste de textiles à Kyôto, un emploi qui le passionne peu, et passe son temps libre au zoo à dessiner des animaux.
Lors d'un séjour à Tôkyô, il va se retrouver projeter dans l'univers des mangakas et se fait employer comme assistant.
Dans le petit atelier d'un célèbre mangaka, il prendra conscience des exigences de ce métier prestigieux : des jours et des nuits passées pour boucler les histoires à paraître, tout en ayant au final que très peu de reconnaissance. Par ailleurs, il découvrira que beaucoup de personnes d'entre les membres de  l'équipe caressent le rêve de devenir mangaka et travaillent en parallèle sur leurs propres projets après les heures à l'atelier. Hamaguchi va alors redoubler d'efforts pour tenter d'avancer sa propre histoire. Tout d'abord découragé et peu inspiré, une rencontre avec une jeune fille malade, Mariko, va faire naître en lui "le plaisir de dessiner, la joie de créer une histoire"...

A travers cette BD mi-autobiographie mi-fictive, Jirô Taniguchi met en scène un personnage qui se démarque non seulement par son talent, mais surtout par sa grande sensibilité et sa vie émotionnelle riche.

Un trait fin et délicat et des dessins aux multiples détails sur lesquels s'arrête avec plaisir le regard du lecteur. Une histoire opérant par ailleurs, une mise en abîme du dessin dans le dessin, comme nous pouvons le voir ci-dessous :


    En bref, une histoire fraîche et des dessins toujours aussi agréables. Les lecteurs de Jirô Taniguchi seront heureux de se plonger d'aussi près dans cet aspect de l'oeuvre et de la vie de l'auteur. 7/10

A lire :
Mon billet sur Quartier lointain
Mon billet sur L'Orme du Caucase


Auteur: Jirô Taniguchu
Traduction: Corinne Quentin
Editions Casteman "Ecritures"
Paru en juin 2009
231 pages

Magasin Sexuel - Turf

Après la célébrissime série La Nef des Fous, Turf revient  avec une série qui s'inscrit à notre grande surprise dans une toute autre tonalité... quoique l'on reconnaisse l'humour décomplexé caractéristique de l'auteur, ainsi que les petits clins d'oeil à La Nef des Fous disséminés tout au long de la BD !

Les Bombinettes est un petit patelin (234 âmes bombinettoises), où l'on boit volontiers un petit verre de Bombinou, et où les paroles d'une célèbre chanson de Dalida deviennent :"Je sais bien que tu l'adore, Bombinou ! Bombinou ! Et qu'elle a de jolis yeux, Bombinou ! Bombinou ! Mais tu es trop jeune encore, Bombinou ! Bombinou ! Pour jouer les amoureux..."

Le personnage principal de l'album est Raymond Orloff (comme le rôti, tel qu'il aime à le préciser !), le maire du village. C'est un homme assez odieux, raciste, macho et ayant les idées courtes, mais toutefois prêt à satisfaire son électorat, euh !... ses administrés, dès que ceux-ci le menacent de donner leur voix à l'opposition aux prochaines élections...


Petite peinture de Raymond Orloff, maire des Bombinettes, au sujet d'une requête d'une habitante quant-à l'ouverture d'un club de peinture : "Mais à quoi cela va-t-il servir ? Les artistes sont tous des faignasses ! Je ne vais pas utiliser l'argent de la commune pour financer le tartouillage de quelques inactifs ! (...) On ne va pas encourager les chômeurs à dépenser l'argent des contribuables sous prétexte d'alibis culturels."

Mais le jour où Amandine Deschamps débarque avec son étrange échoppe ambulante, c'est à un problème d'une autre ampleur que le maire va devoir faire face ! Les habitants sont complètement perturbés par l'exposition publique de ce "sekshop" ambulant (tel que le prononce le maire) !
Amandine, vient tout juste de reprendre la boutique de son père, "La Maison du caoutchouc", spécialisée dans la vente de bottes et de tuyaux d'arrosage, cependant, celle-ci a quelque peu modernisé son commerce en proposant des produits plus "ludiques"... Amandine fait preuve d'une grande motivation pour faire marcher son commerce et fidéliser des clients, mais la clientèle se fait timide...

Monsieur le Maire, lui, ne voit pas d'inconvénient particulier à la présence de cette échoppe d'un nouveau genre, ne comprenant pas exactement de quoi se compose son étalage, et surtout, ce dernier se trouve quelque peu envoûté par le charme de la vendeuse... Son défi sera donc de faire cohabiter les suceptibilités fragiles et cet élan de modernité qui débarque telle une tornade dans son village.
Sans compter qu'à côté de cela, notre maire doit élucider une sombre histoire de vol... de lettres ! En effet, "Le bar du coin" s'étant fait voler son "i" est devenu "Le bar du con", tout comme, le restaurant "La belle truite" s'étant fait voler son "t", s'est une nuit transformé en restaurant "La belle truie"...

Je trouve que le personnage de Raymond Orloff n'est pas mal réussi : borné et odieux à l'égard des femmes, tout en se révélant désarmé face à la fraîcheur de la belle Amandine, son ridicule le rend au final attachant. Par ailleurs, on a hâte de voir de quelle manière il va parvenir (avec un tact bien à lui...) à démêler les situations : que ce soit la colère des habitants face à l'arrivée de l'échoppe, ou le problème des vols de lettres, ou encore concernant son propre désespoir personnel et sa quête d'une nouvelle femme pour faire le repassage à la maison...
Un personnage des plus pittoresques donc, qui détonne par son allure totalement décomplexée !

J'ai beaucoup aimé le décalage entre l'attente provoquée chez le lecteur par le titre de la BD et la façon dont le sujet est traité. Il ne s'agit pas d'une BD érotique (au cas où vous ne l'auriez pas compris !), aucun humour graveleux ne s'immisce dans cet album. Au contraire, Turf se rit de la pornographie en détournant complètement le sujet et en le traitant avec un recul qui, pour moi, m'est tout de suite apparu comme un clin d'oeil à la célèbre série de Loisel et Tripp, Magasin général. J'ai pu trouver dans Magasin Sexuel une fine parodie (même si ce mot ne résume absolument pas l'oeuvre que nous propose ici Turf) de l'histoire de Magasin Général qui se déroule dans la campagne québécoise des années 20 et où, Marie Ducharme se retrouve à la tête du magasin du village après la mort de son mari et dont le comportement parfois léger suscitera les médisances des villageois...

Si j'ai trouvé les dessins moins recherchés, avec des décors plus vides qu'à l'accoutumée chez Turf, toutefois, j'ai trouvé que les couleurs dans cet album restent tout simplement magnifiques !
A noter aussi, le découpage de la BD en chapitres, ce qui donne une tonalité un peu ringarde, mais qui se révèle être en totale adéquation avec le personnage du maire !

    En bref, une BD totalement décalée, une lecture divertissante qui ravira les fans de la Nef des Fous habitués à l'humour de Turf et séduira les non-inititiés ! 7/10


Auteur: Turf
Editions Delcourt
Paru en mars 2011
64 pages

Légendes de la Garde, Hiver 1152 - David Petersen

La suite des aventures de nos courageuses souris est une véritable réussite : un cadre de plus en plus développé et des personnages ayant de plus en plus d'envergure !

L'histoire de ce second tome : L'hiver s'est installé sur les territoires des souris, la ville de Lockhaven se retrouve démunie, sans nourriture ni médicaments. Gwendolyn envoie une petite équipe constituée des plus grands aventuriers de la Garde pour ravitailler la ville.
Celanawe, Lieam, Kenzie, Saxon et Sadie partent affronter le grand froid et braver les prédateurs : face à la rudesse de l'hiver notre petite équipe fait preuve d'un courage sans borne.

Bientôt divisé en deux groupes, suite à une malheureuse chute dans l'entrée d'un terrier, les personnalités vont se révéler. Ainsi, d'un côté, nous suivrons Kenzie, Saxon et Sadie, perdus dans un terrier a priori abandonné par les furets et tentant de sortir de ce labyrinthe pour rejoindre Lokhaven par les sous-sols. Et, de l'autre côté, Celanawe, le doyen des souris, se retrouvera en duo avec Lieam, le plus jeune des souris. Ce dernier  trouvera en Celanawe, le héros légendaire, un mentor qui marquera son esprit à jamais, notamment par ce simple mais sage conseil :
 "Cherche toujours à être toi-même, la souris que tu es déjà...  Suffis-toi à toi-même... Tu seras toujours à la hauteur. Même tout seul."
Tandis que l'hiver met en exergue l'héroïsme de la Garde, confrontée à de redoutables dangers, un drame se trame à Lokhaven : un traître mine la ville de l'intérieur et saccage le plan de sauvetage de tout le peuple...
Gwendolyn, met tout en oeuvre pour retrouver et arrêter le traître mais le temps passe et l'énergie passée à se défendre de l'intérieur fait défaut aux intérêts à défendre à l'extérieur...

Mon avis : Une très belle réussite ! Les jalons posés au premier tome sont développés dans ce second tome avec brio, à travers une histoire complètement neuve. Les personnages brillent plus que jamais par leur courage et leur héroïsme, le choix des perspectives est en parfaite adéquation avec la narration, par ailleurs, l'alternance des différentes ambiances (intérieur/extérieur; chaud/froid; calme/bataille...) est menée avec une parfaite maîtrise. Le lecteur vit ces aventures avec une véritable implication, les personnages prennent vie, les légendes se forment. D'autre part, les couleurs sont, une fois encore, magnifiques, tout en tons bleu-gris-blanc, mettant en valeur la saison de l'hiver (tout comme l'auteur nous avait fait ressentir l'automne dans le tome 1).
Les événement s'enchaînent suivant une chronologie sans faille, sans aucune précipitation mais avec une intensité telle que le lecteur est embarqué dans ce merveilleux périple.
C'est un album que j'ai eu envie de relire à peine une fois terminé tant le récit est bien construit, tant les dessins sont beaux, les personnages et l'univers attachants !


A noter dans ce tome-ci : nous découvrons une monture pour les souris bien étonnante, la naissance d'une histoire d'amour, des chefs de ville vêtus de manière très pittoresque, deux chansons bien émouvantes et une révélation à couper le souffle...

En bonus dans ce tome : la carte des territoires avec le parcours de chaque équipe envoyée chercher du ravitaillement (3 parcours avec trois couleurs différentes), mais aussi, la description du village de Sprucetuck, établi dans le tronc vide d'un vieil épicéa, ainsi que le plan des terribles terriers de furets, Darkheather, et enfin, la description de métiers supplémentaires tels que Forgeron, Constructeur de bateaux, Guetteurs d'orages et Guérisseur, suivie d'une petite surprise que je ne détaille pas...

    En bref, un petit bijou à découvrir et à faire découvrir !  Espérons que nous n'aurons pas à attendre encore 3 ans avant la sortie du troisième tome... 10/10

A ECOUTER : la chanson fredonnée par Kenzie, "La ballade de la demoiselle ivoire", dans le Chapitre IV et qui correspond à l'épisode où Lieam, coincé dans la sépulture des victimes des furets, cherche à trouver une sortie. Magnifique ! Vous trouverez donc la traduction des paroles dans l'album (pages 93 à 99).

A voir/à lire :
Le site de David Petersen, avec une rubrique consacrée aux Légendes de la Garde "Mouse Guard" (4 tomes sortis aux Etats-Unis) : la liste des personnages et leur présentation, plein de petites choses à télécharger, une petite boutique ...
Le blog de David Petersen, avec diverses illustrations et toujours un lien direct vers le site officiel des Légendes de la Garde.


Auteur : David Peterson
Traducteur : Corinne Daniellot
Editions Gallimard
Paru en janvier 2011 (France)
161 pages

Légendes de la Garde, Automne 1152 - David Petersen

Un vrai récit épique et une magnifique BD aux allures enfantines...

C'est tout un univers que met en place David Peterson à travers le récit de ces Légendes de la Garde : une époque que nous situerions au Moyen Age, une cartographie très détaillée d'une région protégée avec ses villes fortifiées, une vie villageoise précisément dépeinte avec différents corps de métier de l'artisanat, et bien sûr, des faits héroïques dignes de preux chevaliers, baptisés ici la Garde.

Mise en contexte de ces "Légendes" ou "faits de bravoure" : L'auteur a imaginé un peuple de souris ayant une civilisation bien à elles. Ces souris vivent cachées et en autarcie car le monde environnant leur est hostile et peuplé de prédateurs... Pour se protéger, une  confrérie vieille comme le monde les guide et les défend : c'est la Garde. Ainsi, les trois personnages principaux de la Garde apparaissent sous les traits de Lieam, Kenzie et Saxon (voir couverture); leur rôle est de lutter pour faire subsister leur peuple.


Après avoir remporté les guerres d'Hiver et renversé le tyran Furet, la paix demeurait chez le peuple souris, depuis 3 ans. Cependant, nos trois confrères, envoyés sur une mission ayant pour but de retrouver un marchand disparu, découvrent qu'un traître a divulgué des informations sur leur organisation : ceux-ci mettent alors à jour un complot visant à renverser Gwendolyn, le chef de la Garde...
Désormais, la vigilance est de mise car le traître est un membre de la Garde : à leur grand désespoir, ce n'est plus contre un élément extérieur que la confrérie devra lutta, mais pour la première fois, ils  devront se défendre contre des ennemis appartenant à leur propre espèce...

Outre l'histoire captivante de ce peuple souris, c'est avant tout un objet-livre magnifique que nous tenons entre nos mains avec ces "Légendes de la Garde". Tout d'abord, le format carré est très agréable et offre un espace de travail original avec des planches divisées en 4 cases ou encore des pages entières utilisées pour 1 dessin. L'auteur utilise aussi souvent soit trois bandes horizontales par planches, soit trois bandes verticales, menant ainsi un récit agréable à suivre en faisant alterner aussi des personnages en gros plan avec des scènes plus éloignées.

Les dessins, quant-à eux, sont très doux, voire enfantins; ces souris nous apparaissent toutes mignonnes et duveteuses. Toutefois, cet album contient des scènes de combat assez violentes qui donnent toute la dimension épique à cette oeuvre, et en fait une histoire moins naïve qu'elle n'y paraît. Notons que dans ce tome-ci prédominent les couleurs automnales du jaune, de l'orange et du marron, en accord avec la saison mise en scène, "Automne 1152". Ainsi, tout est prétexte à l'explosion de ces couleurs : les feuilles des arbres, des crabes belliqueux s'attaquant à l'habitation d'un membre de la Garde sur le bord de la mer, l'incendie d'une autre habitation, le ciel rougeoyant et pluvieux sous lequel avance la milice armée venue attaquer Barstone etc...

Ensuite, l'album présente d'autres particularités qui en font une oeuvre d'originalité. Tout d'abord, les doubles pages d'ouverture et de fermeture représentent une carte des Territoires du peuple souris. Ainsi, d'entrée, le lecteur est plongé en plein coeur de l'Histoire et de la Géographie de ce petit peuple puisqu'on nous indique en titre de la carte : "Carte des Territoires 1150. Cités, villes, villages et sentiers balisés au terme des guerres d'hiver. Etabli par la Garde en 1149, réalisé par le cartographe Clarke. Les noms rayés figurent les villes détruites par les combats". Ensuite, nous trouvons en annexes, de la documentation concernant la ville où se déroule l'action principale de ce tome, Blarkstone, avec un dessin détaillé de cette ville et de ses principaux lieux, et, dans les pages suivantes, nous pouvons lire la description de quelques métiers exercés dans cette ville (maçon, charpentier, potier, meunier, boulanger...).

Concernant la mise en scène de l'histoire à l'intérieur même du livre, nous pouvons remarquer que chaque chapitre débute par une page de récit mettant en contexte les événements qui vont suivre et se terminant toujours par quelques vers qu'on nous dit extraits de textes ou de discours fondateurs de la Garde :



La mort est une arme puissante
Comme elle est une fuite facile
Les héros deviennent des légendes
Les légendes deviennent les mythes
Les mythes créent de nouveaux héros
(Dernières paroles connues de la Hache Noire, héros légendaire de la Garde)


NB : Cet album se compose de 6 chapitres qui, dans la version américaine représentaient chacun un petit album.

Par ailleurs, j'ai beaucoup apprécié, à l'intérieur même de l'histoire, la petite parenthèse racontant la légende de la Hache sous forme d'un petit cahier enluminé, tout en teintes jaune-orangé et présenté tel une vieille légende moyenâgeuse.

  
    En bref, un petit chef d'oeuvre qui met en scène un monde parfaitement bien construit, des personnages au minois adorable qui s'inscrivent dans une veine épique digne des légendes de chevalerie. 10/10


Le tome 2 vient enfin de paraître après 3 ans d'attente !!! Il s'intitule "Hiver 1152". Mon billet suivant lui sera consacré.

Bonus : une petite chanson pour vous plonger dans l'atmosphère des Légendes de la Garde !

A voir/à lire :
 Le site de David Petersen, avec une rubrique consacrée aux Légendes de la Garde "Mouse Guard" (4 tomes sortis aux Etats-Unis) : la liste des personnages et leur présentation, plein de petites choses à télécharger, une petite boutique ...
Le blog de David Petersen, avec diverses illustrations et toujours un lien direct vers le site officiel des Légendes de la Garde.




Auteur : David Peterson
Traducteur : Marion Roman
Editions Gallimard
Paru en janvier 2008 (France)
154 pages

Survivants (Anomalies quantiques), Episode 1 - Leo

Avis à tous les fans des Mondes d'Aldébaran, cet album ne vous décevra pas !

Beaucoup de questions autour de ce nouvel opus de Leo, et, il est vrai qu'il y a de quoi perdre la tête face à la créativité sans bornes de notre célèbre auteur de science-fiction !
En effet, entre les différentes séries commencées il y a de quoi perdre le fil : Les Mondes d'Aldébaran (Aldébaran, Bételgeuse, Antarès), Kenya, Namibia, Terres lointaines...
Beaucoup de lecteurs se demandent alors comment situer cette nouvelle BD, "Survivants, Episode 1" ...

Quelques éclaircissements : une chose est sûre,  "Survivants (Anomalies quantiques)" appartient bien à la série "Les Mondes d'Aldébaran". Il s'agit en fait du 4e cycle de la série après Aldébaran, Bételgeuse et Antarès. Vous me direz alors, "mais quelle idée de commencer un nouveau cycle alors que le cycle précédent, "Antarès", n'est pas terminé (3 albums sortis sur 5) !" C'est là que doit se mettre en marche notre imagination !! Pour ma part, j'ai ma petite idée...
Officiellement, d'après une interview de Leo que j'ai pu lire, ce cycle serait un prélude à Aldébaran, c'est à dire, une histoire censée expliquer le commencement des Mondes d'Aldébaran ...

Tenons-en nous à notre album : Jusqu'à la fin, il n'y a pas de points d'interactions avec les cycles précédents, comme s'il s'agissait d'une histoire parallèle aux aventures de Kim sur Aldébaran, Bételgeuse et Antarès; à aucun moment les autres personnages des tomes précédents ne sont cités.

L'histoire : Un vaisseau interstellaire, voyageant de la Terre vers la planète Aldébaran en cours de colonisation, s'est désintégré en route. En cause, un dysfonctionnement lié à des "anomalies quantiques" dans l'espace. Cette catastrophe a fait plus de 2500 morts mais une petite navette a réussi à en réchapper avec à son bord 12 passagers qui, après plus de 6 mois d'hibernation, se réveillent et découvrent le drame ! Eux ont eu la chance d'être déviés vers une planète encore inexplorée, la planète GJ1347-4, et ils sont sains et saufs !
L'épisode commence à leur réveil; les passagers découvrent que leur navette a échoué au milieu d'une jungle inquiétante, il leur faut s'organiser pour survivre, et avant tout, leur première préoccupation est de trouver de la nourriture. C'est au cours de plusieurs excursions pour tenter de ramener la nourriture qu'ils découvrent le monde qui les entoure : une jungle habitée par des créatures effrayantes mais aussi par d'hostiles indigènes...

L'accent est mis sur la découverte de cette nouvelle planète bien entendu, mais aussi sur les relations entre les différents personnages. Peu à peu le lecteur apprend à connaître leur caractère, leurs liens, leurs intentions. Cette analyse des personnages et l'accent mis sur leurs relations est typique de l'oeuvre de Leo et peu commun dans le genre de la science-fiction, ce qui fait d'ailleurs toute l'originalité et tout le succès de cette série !
Bien sûr au programme, la légendaire histoire d'amour naissant dans des conditions extrêmes, des héros au charme ravageur, tout comme la présence de personnages tapageurs, mais aussi un monde aux paysages, à la flore et la faune toujours aussi captivants !
Le lecteur aura la surprise de découvrir Manon, l'héroïne équivalent à Kim pour les cycles précédents, ainsi que deux formes de vies extraterrestres inédites !

Ce qui m'a plu : J'avoue qu'à la sortie de ce tome, j'étais plutôt frustrée car j'attendais avec la plus grande impatience la publication du 4e tome d'Antarès depuis 1an, et m'embarquer dans une série parallèle alors que je brûlais d'impatience de connaître la suite des aventures de Kim ne m'emballais pas vraiment ! J'appréhendais de m'adapter à de nouveaux personnages, une nouvelles héroïne que je voyais d'emblée comme une pâle copie du personnage de Kim, de plus, j'imaginais une narration dépourvue d'intérêt comparée aux cycles précédents. Cependant, je n'ai pas été déçue du tout ! Dès la première page, j'ai été absorbée par l'histoire, captivée par ces nouveaux personnages qui ont toujours la même épaisseur d'un cycle à l'autre. La mise en scène du crash de l'aéronef sur la première double page au début de l'album, sous forme d'article de journal, m'a tout de suite mis dans l'ambiance, titillant d'ores et déjà mon imagination.
La stratégie narrative de Leo par la publication intercalée de cette BD, au milieu du cycle d'"Antarès", m'apparaît riche de sens. Et là où l'auteur brouille les pistes, c'est qu'il ne laisse rien paraître au fil de cet épisode, aucune question ne trouve ses réponses dans cet album mais beaucoup de portes restent ouvertes... Affaire à suivre ! 8/10

Bonne lecture à tous !

Petite proposition : à tous ceux qui souhaiterais exposer leur avis sur la poursuite de cette série et son lien avec les cycles précédents, laissez vos commentaires, vos suggestions, vos divagations, je me ferai un plaisir de découvrir vos théories et de vous faire partager les miennes...

A voir/à lire :
Le site officiel des mondes d'Aldébaran, avec la liste des albums par cycle, les personnages, le bestiaire, des cartes des mondes interactives, l'histoire de la mantrisse et quelques illustrations de celle-ci.
L'article Wikipédia détaillant la série complète, albums, histoires etc...




9/10 (Type : BD française) 



Auteurs: Leo
Editions Dargaud
Paru en janvier 2011
48 pages

Le désespoir du singe, Tome 1&2 - Jean-Philippe Peyraud, Alfred

Tome 1, La nuit des lucioles

La guerre civile gronde dans la ville de Prechz. Le pouvoir en place mène une politique d'irrigation intensive pour des champs de coton, ce qui assèche la mer au bord de laquelle est construite cette petite ville. Les pêcheurs subissent maintes restrictions et sombrent dans la faillite et le désespoir. C'est ainsi que se dresse la toile de fond sombre et angoissante de cette histoire.
Puis il y a Josef Setznar, un peintre raté qui sombre dans l'autoapitoiement et l'alccol, tentant vainement de s'attacher à sa fiancée Joliette.  Jusqu'au jour où sa cousine Edith, peintre exubérante et renommée, lui présente Vespérine, lors de la nuit des lucioles... Cette nuit magique où deux âmes faites l'une pour l'autre se rencontrent...
Mais Josef doit quitter la ville avec sa fiancée Joliette; le père de ce dernier a organisé leur fuite. Et Vespérine est mariée et résignée à épauler son mari infirme jusqu'à sa mort...
Les attentats perpétrés par les résistants (les francs-battants) se multiplient dans la ville, rapprochant puis séparant inexorablement les amants...
Cette BD est une pure merveille de poésie. Elle se révèle pourtant parfois cruevoire violente, mais le climat est là, et cette histoire d'amour qui ne naît pas dans des conditions favorables ne s'en trouve que renforcée et d'autant plus belle.
Dans un premier temps, c'est la couverture de l'album qui nous arrête, cette illustration est magnifique : tout à la fois douce et inquiétante. La beauté du couple enlacé ainsi que la luminosité qui les entoure sont contrebalancées par l'arrière-plan et cette ville grise hachurée ainsi que par la tenue sombre des amants. Il émane de ce dessin, une tendre sérénité mais aussi une part lugubre.
Penchons nous sur l'intérieur de l'album maintenant : les dessins sont fouillés, le décor de cette petite ville que l'on siturait en Europe de l'Est est parfaitement planté. De plus, chaque lieu (intérieur : chez Edith, chez Vespérine et son mari, chez Joliette; mais aussi extérieur: le port, les champs où se déroule la chasse aux lucioles, les rues de la ville) incarne une ambiance différente.
Il ne s'agit pas ici de réduire cette oeuvre à une histoire d'amour romantique basée sur la rencontre de deux âmes soeurs, ni d'une une histoire impossible car contrariée par les éléments extérieurs; ce que nous propose cette BD, c'est d'explorer le sentiment amoureux dans toute sa complexité. Par ailleurs, la rencontre entre Josef et Vespérine n'est pas seul le centre de cette histoire, le scénario y donne autant d'intérêt qu'à la tragique répression qui règne dans la ville, ou encore à la vie complexe de l'artiste-peintre Judith, tout en explorant les personnages de Joliette et du mari de Vespérine.


Je me souviens de la première fois où, tout gamin, j'ai accompagné mes tantes à la chasse aux lucioles. J'étais à la fois effrayé par l'idée qu'elle mettent ces insectes dans leurs cheveux, et émerveillé par ces chignons lumineux...

Regarde... Regarde cet arbre. C'est un Araucaria. On le surnomme le "désespoir du singe", car il ne laisse aucune prise à l'escalade... Notre liaison est comme cet arbre, Josef, elle ne peut se laisser envahir par les sentiments... Tu as ta vie, j'ai la mienne. C'est ainsi... Je ne dis pas que c'est mieux, mais c'est ainsi...


Tome 2, Le désert d'épaves


Josef et Joliette ont fui, ils se retrouvent entre les mains d'un passeur crapuleux. Arrivant au terme de leur voyage à bord du bateau qui leur a fait passé la frontière, ils débarquent en plein milieu d'un désert d'épaves. Josef ressent alors le besoin de dessiner, de laisser une trace de l'horreur qu'ils ont sous les yeux. Seulement, les seuls traits qu'il parvient à coucher sur le papier ne sont ceux que de Vespérine. Lui et Joliette tombent dans le guet-apens fomenté par leur passeur et se font voler. Je ne peux en réalité en raconter guère plus car la suite est si inattendue que je gâcherais la surprise... Et cela vaut le coup d'être surpris !
Cette suite, telle que le laisse présager la couverture, très sombre et sinistre, se révèle assez violente. L'action, amorcée dès la fin de premier tome avec l'attentat contre le parlement et la tuerie qui s'en est suivie, se poursuit à un rythme très soutenu dans ce tome-ci. Le scénario est construit sur l'alternance de deux récits : d'un côté, la fuite de Josef et Joliette, avec essentiellement des planches bleues-grises; et de l'autre côté, l'errance d'Edith et Lazlo qui tentent de quitter Prechz, verrouillée par la milice.
On se replonge avec frénésie dans cette histoire qui se lit à un rythme haletant et qui, surtout, n'a pas finie de nous surprendre. Une fois encore les amants Josef/Vespérine que tout a finalement réussi à séparer, ne se sont peut-être pas totalement perdus...


20 ans que la mer d'Edel disparaît et que le parlement cache la vérité ! Le voilà, le résultat de leur "politique d'agriculture intensive et d'irrigation raisonnée"!!! Et bientôt c'est tout le pays qui ressemblera à ce désert d'épaves... Alors oui, dessine l'artiste. Dessine pour ne pas oublier !

    En bref, une magnifique histoire où s'imbrique amour, passion, sentiments et horreur de la guerre. Un décor parfaitement posé, des personnages brillants. 10/10
Sortie du 3e et dernier tome prévue le 11 mai 2011.

A voir: le blog du dessinateur, Alfred, où vous pourrez trouver quelques planches du tome 3 en préparation.


8/10 (Type : BD française) 



Auteurs: Jean-Philippe Peyraud et Alfred
Editions Delcourt
Paru en janvier 2006 (Tome 1) et novembre 2010 (Tome 2)
94 pages (Tome 1 + Tome 2)

Chambres noires Tome 1 : Esprit, es-tu là ? - Olivier Bleys, Yomgui Dumont

Cette BD nous emmène à Paris, en 1876, et plus précisément dans le studio de "photographie fluidique" de la famille Pénouquet.

Dans cette famille très... hétéroclite, nous trouvons : Samson, le chef de famille, il peint des portraits et des décors, Camille, feue son épouse, elle hante un portrait parlant que son mari transporte partout et retouche de temps en temps; il y a bien sûr les enfants : Ninon, leur fille biologique, Lazare, un jeune homme blond aux yeux bleux, adopté par la famille, Tristan et Louise, des jumeaux adoptés, et Bertille, une petite fille muette elle aussi adoptée et qui s'exprime avec une craie et une ardoise accrochées autour de son cou; mais, sous ce toit vivent aussi l'oncle Arsène et Gang son ami, ramené de ses voyages en Asie, ainsi qu'Erratum le chien.

Le gagne-pain de la famille est original et efficace : ils proposent à leurs clients des séances de spiritisme afin qu'ils rentrent en contact avec des parents défunts et ils leurs vendent ensuite une photo-souvenir sur laquelle les clients posent avec lesdits défunts.


Dans la combine chacun joue un rôle qui rend la machinerie infaillible pour tromper le client ...
Jusqu'au jour où un vrai fantôme apparaît sur une photo.... Le même-jour où les jumeaux disparaissent à la boucherie...
Il ne reste alors plus qu'a faire parler les photos, et Lazare et Bertille comptent bien éclaircir le mystère en se rendant à la fête foraine de Montmartre, mais gare à l'ombre de la Salamandre... Ce qu'ils vont découvrir va se révéler être bien étrange...

C'est une bien jolie BD dont les dessins et les couleurs sont très inspirés de Karascoët (Miss Pas Touche) ou Christophe Blain (Isaac le pirate), un vrai plaisir pour les yeux!
Cet album est très agréable à lire, très surprenant, lugubre et frais à la fois !
Les 4 premières pages servent de présentation sous la forme d'un article de journal écrit par "Louis-Théodore Mordier, chroniqueur à La science illustrée", celui-ci décrit son expérience à l'Atelier de photographie fluidique Pénouquet & fils. Cette petite mise en bouche des plus originales permet de présenter les personnages et l'activité incongrue de la famille de manière assez drôle...

D'autre part, les planches sont superbes, au long de l'album nous trouvons 4 planches d'une page entière; d'ailleurs, la dernière, qui illustre la scène de révélation de ce premier tome est magnifique et surtout inattendue !...
Les découpages des planches sont très travaillés et ma préférence va à la page 33 ou nous voyons l'histoire, à ce moment-là,  évoluer simultanément sur les trois étages de la maison.

    En bref, un album et des personnages hauts en couleur, une histoire excentrique et baroque d'une grande qualité pour un premier tome qui s'achève sur un mystère dont on a hâte de connaître la substance... Vivement le tome 2 ! 9/10


Un petit coup d'oeil... : le blog d'Olivier Bleys, le scénariste.



5/10 (Type : BD française)



Auteurs: Olivier Bleys et Yomgui Dumont
Editons Vents d'Ouest
Paru en juin 2010
56 pages

L'enfant penchée - François Schuiten, Benoît Peeters

C'est toujours avec délice et curiosité que l'on plonge dans un des tomes de la série "Les Cités Obscures"... et l'on n'est jamais déçu ! Encore une fois, ce tome est détonnant d'originalité, de brio, et possède un bon lot de surprises visuelles et narratives...

Trois histoires, toutes reliées entre elles, alternent au fil du livre.
Tout d'abord, nous avons l'histoire de Mary von Rathen, une fillette que ses parents amènent dans un parc d'attractions. Celle-ci, en descendant de l'attraction la plus sensationnelle du parc, est touchée par un phénomène étrange et devient penchée. La jeune fille, incomprise par sa famille s'enfuira de chez elle et sera recueillie par un cirque duquel elle deviendra la vedette sous le nom de "Laetitia la désaxée". Puis, apprenant qu'un homme pourrait lui venir en aide, elle quittera le cirque pour aller à la rencontre du chercheur-astrophysicien Axel Wappendorf.
Ensuite, une sorte de roman-photo vient surprendre le lecteur. Nous suivons un étrange peintre, Augustin Desombres, s'installant dans une vaste demeure délabrée, isolée sur les plateaux du Larzac...
Et enfin, la troisième histoire parallèle est celle d'un groupe de chercheurs-astrophysiciens dont Axel Wappendorf est à la tête. Ils étudient un phénomène étrange, l'existence d'une planète invisible qui serait capable d'absorber son propre rayonnement mais aussi celui de tous les corps à sa portée, de plus, cet "astre occulte" aurait un centre de gravité différent de celui de la Terre...

Ces trois histoires tournent, plus ou moins directement, autour du personnage de Mary, et, c'est au moment du dénouement qu'elles se rejoignent dans une véritable explosion imaginative !

A la fin de l'album, tout prend sens, et principalement la recherche artistique effrénée du peintre Augustin Desombres dans sa sombre bâtisse du Larzac. Si, dans un premier temps, le roman-photo peut paraître déroutant, voire incongru, le passage du personnage de la photo au dessin et tout simplement magnifique et donne tout son sens au procédé photographique.
Ainsi, Schuiten et Peeters jouent merveilleusement bien sur les ponts possibles entre la Terre et les Cités Obscures, le réel et l'imaginaire, la photo et le dessin, le récit et la Bande-Dessinée.
C'est un véritable tour de force qui nous est présenté là.
D'autres part, une énorme surprise est réservée au lecteur lors du dénouement avec l'apparition très surprenante d'un personnage bien connu du patrimoine culturel français... Je n'en dirai pas plus, mais ce clin d'oeil (qui ajoute une profondeur supplémentaire à la réflexion proposée par les oeuvres de Schuiten et Peeters) vaut le détour !

   En bref, de l'Art avec un grand A : une oeuvre auto-réflexive suscitant toujours ce petit "je ne sais quoi" stimulant et intrigant chez le lecteur qui, sans bien cerner tous les mécanismes d'une tel démarche, est toujours irrésistiblement poussé à la réflexion sur l'art. NB: évitez d'entrer dans Les Cités Obscures par ce tome-ci car c'est un des plus déroutants de par sa narration et son hétérogénéité, il pourrait rebuter un certain nombre de non-initiés. 9/10

Du côté des Cités Obscures... : le site officiel  avec le résumé de chaque tome.



4/10 (Type : BD franco-belge)



Auteurs: Schuiten et Peeters
Editions Casteman
Paru en janvier 1996
151 pages (noir et blanc)

Souvenirs de l'Eternel Présent - Benoît Peeters, François Schuiten

Souvenirs de l'Eternel Présent - Peeters et Schuiten
Ouvrez cette BD et contemplez.
De l'architecture, du vide, de l'art...

Taxandria, c'est le nom de la nouvelle ville que nous emmènent explorer Schuiten et Peeters.

Aimé est le seul enfant vivant à Taxandria. D'ailleurs, cette ville est bien désertique après le grand cataclysme qui l'a dévastée. Il ne reste ni fleurs, ni oiseaux, ni eau, ni vent, et les femmes sont conservées "à l'abri".
Ici, il est interdit d'évoquer le passé ou le futur, la ville vit dans l'éternel présent. Le "Présent" c'est d'ailleurs le nom du journal de la ville.
Mais Aimé découvre un livre relatant l'histoire du grand cataclysme et apprend que ce sont des scientifiques, poussés par la femme du Président de l'époque, qui ont déclenchés la catastrophe. Depuis, toute technologie est bannie et haïe (par exemple, les trams fonctionnent par la force de tireurs et pousseurs).

Les conséquences du raz-de-marée qui a ravagé la ville, se retrouvent également à travers le décor surréaliste de la cité. Les habitants vaquent à leurs activités quotidiennes à travers des ruines, ou plutôt, une architecture incongrue née du déplacement des différents édifices durant la catastrophe. Ainsi, les styles se mélanges, des piliers corinthiens se sont incrustés dans des bâtiments du début du siècle. Cela instaure un climat d'étrangeté propre à l'univers des Cités Obscures. Les perspectives s'entremêlent, les bâtiments paraissent à la fois solides et bancales. Un pur bonheur pour les yeux. 
Il ne reste plus qu'à notre héros de découvrir pourquoi tout doit rester en l'état, pourquoi personne ne doit chercher à comprendre ce qui s'est passé, pourquoi les femmes doivent rester à l'écart, pourquoi son maître d'école refuse de l'emmener à Marinum voir la mer...

Pour ceux qui chercheraient une explication possible au dénouement de l'histoire:
Ce qu'il faut savoir, c'est que Taxandria était à l'origine un projet cinématographique du réalisateur belge Raoul Servais, en 1989. Celui-ci avait pour projet de rassembler des milieux peu habitués à cohabiter: un mélange de prises de vues réelles, de dessin animé et de nouvelles technologies. D'ailleurs, le procédé consistant à faire se détacher les acteurs sur un décor dessiné ou élaboré par ordinateur est reprit par Schuiten; le personnage d'Aimé est mis en relief  par ses couleurs et semble se détacher du décor ocre et gris/bleu. Le film de Servais ne verra jamais le jour tel qu'il fut penser à la base et nous pouvons comprendre cette bande-dessinée comme étant la mémoire d'un film fantôme, le vestige d'un Taxandria qui ne vit jamais le jour. (cf fin de l'album: Taxandria serait une ville fantôme on ne sait pas si elle a existée).

    En bref, un travail qui s'admire, une atmosphère surréaliste et un message sous-jacent concernant l'absurdité du monde moderne et des habitudes, bien transmis. 7/10

A lire: Une critique intéressante chez Carnet de Sel, mais aussi chez Bdphage.
Une interview des auteurs Schuiten et Peeters sur l'album ICI.
Pour en savoir plus sur le monde des Cités obscures, le site officiel.



4/10 (Type : BD franco-belge)



Auteurs: François Schuiten (dessin) et Benoît Peeters (scénario)
Editions Casterman
Paru en octobre 2009
65 pages + dossier de 12 pages sur le film

L'Orme du Caucase - Jirô Taniguchi et Ryuichiro Utsumi

L'orme du caucase - Jirô Taniguchu et Ryuichiro Utsumi
8 nouvelles extraordinairement touchantes dessinées par le maître de la bande-dessinée japonaise Jiirô Taniguchi !

Chacune de ces nouvelles traite d'une solitude: celle d'une petite fille élevée par une mère un peu dispersée, celle d'un homme carriériste qui revoit sa fille au bout de 25 ans, celle d'un homme fraîchement retraité face à son inactivité, celle d'une grand-mère vivant sous le même toit que son fils et sa famille, ou encore celle d'un petit garçon jaloux de son jeune frère mais qui le protège face aux mensonges des adultes etc...

Dans chaque histoire, la vérité sur laquelle le lecteur se repose au départ est soudain contre-balancée par un glissement vers un point de vue différent.  L'association de Taniguchi et Utsumi donne naissance à une palette d'émotions vraiment fortes. Ce recueil est une petite merveille !

Côté dessin, Taniguchi peint remarquablement les différentes émotions sur les visages de ses personnages et en particulier les enfants. D'ailleurs, ceux-ci ont une bouille magnifique ! 


Nous retrouvons toujours le trait méticuleux et épuré caractéristique du dessinateur. La représentation de la nature ou de la ville sont superbement bien rendus, un délice pour les yeux qui s'arrêtent sur chaque détails.

Côté scénario, Utsumi nous propose de tirer une sagesse de ces personnages confrontés à une difficulté de leur existence. Par ailleurs, le glissement qui s'opère au cours de l'histoire d'une vérité vers une autre est tout simplement magique. Les personnages que l'on croyait intéressant dans un premier temps s'effacent du devant de la scène pour devenir souvent les "bourreaux" d'une autre personne, laquelle va devenir le protagoniste de l'histoire et nous faire partager sa vision des choses (La petite fille à la poupée, La vie de mon frère, Le parapluie). Ou bien, à l'inverse, des personnages présentés comme peu agréables au premier abord, vont se révéler être des personnages au coeur pur (L'orme du caucase, Le cheval de bois, Les environs du musée, Dans la forêt).

   En bref, je reprendrai la formule du critique Ushio Yoshikawa à la fin du livre, qui attribue aux oeuvres d'Usumi le terme de "gentillesse". En effet, le fil conducteur de ce recueil est bien le coeur, c'est lui que ces histoires mettent à l'honneur. Superbe! 9/10

A lire: 
Quelques avis sur le site BD'Gest
Un article de blog très intéressant ICI, mais aussi chez Lo
Mon billet sur Quartier lointain
Mon billet sur Un zoo en hiver

Auteur: Jirô Taniguchu (dessin) & Ryuichiro Utsumi (scénario)
Traduction: Marie-Françoise Monthiers et Frédéric Boilet
Editions Casteman "Ecritures"
Paru en juin 2004
218 pages

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